Israël-Palestine : une politique internationaliste pour la classe ouvrière est-elle encore possible ?

Immédiatement après l’opération « plomb durci » qui a fait 1300 morts et plus de 4000 blessés à Gaza, les élections législatives en Israël se sont traduites par une nouvelle poussée de la droite et de l’extrême droite qui ont obtenu 93 sièges sur 120, aux dépens des travaillistes qui sont passés de 19 à 13 sièges.
 
Ce nouveau recul de la gauche est d’autant plus significatif qu’il n’y a guère de différence entre le conservateur Nétanyahou, la centriste Livni ou le travailliste Barak. Même un petit parti comme le Meretz censé être pacifiste et plus à gauche que le parti travailliste ne s’est guère distingué durant la campagne législative. A la limite, le seul parti qui tient encore à marquer une différence se situe clairement à l’extrême droite : le fascisant Avigdor Lieberman et son parti Israël Beitanou ne cessent de répéter sur tous les tons que la seule solution passe par l’expulsion définitive de tous les Arabes vivant en Israël et dans les territoires occupés ! C’est le parti qui a le plus progressé aux élections…
 
La situation pourrait donc paraître totalement bloquée. D’autant que du côté palestinien, l’alternative n’est guère brillante, entre une Autorité palestinienne totalement corrompue et en grande partie décrédibilisée, et le Hamas dont la stratégie fondée notamment sur les attentats suicides a achevé de convaincre les Juifs d’Israël qu’on ne peut pas discuter de paix avec des gens qui tuent aveuglément civils et militaires, sans faire la différence non plus entre les partisans et les adversaires des gouvernements responsables de l’occupation.
 
« Oslo est mort » avait claironné Sharon en 2001, peu après le début de la deuxième Intifada. Au-delà de ce constat dont Sharon est en grande partie responsable, il y a incontestablement une vraie difficulté à imaginer aujourd’hui une alternative réelle.
 
Evidemment personne ne regrettera les accords d’Oslo. Ce prétendu plan de paix ne visait qu’à neutraliser toute résistance palestinienne en confiant le soin à Arafat d’assurer la police à la place de Tsahal, tout en poursuivant sans relâche une politique de colonisation des territoires occupés, ce qui est évidemment contradictoire avec leur indépendance, même à long terme. Il n’y a donc pas à regretter Oslo, pas plus qu’il y a à imaginer un processus du même type mais qui se ferait avec des personnes de bonne volonté comme l’ont tenté les négociateurs des « accords de Genève » soutenus par les anciens pacifistes de « La paix maintenant ». C’est tout un système colonial qu’il faut faire disparaître et non simplement aménager dans le cadre de deux Etats vivant côte à côte mais dont l’existence de l’un resterait subordonnée à la bonne volonté de l’autre.
 
Le problème, c’est que l’alternative à Oslo ou à tout processus semblable revient le plus souvent au sein de la gauche en France à s’aligner derrière le nationalisme palestinien, que son discours soit plus ou moins gauchi par une phraséologie marxiste comme dans le cas du FPLP et du FDLP, ou carrément religieux avec le Hamas, sous prétexte que ce sont les seuls aujourd’hui à vouloir se battre et à être encore en capacité de le faire.
 
Au nom du « réalisme », ce choix revient de fait à écarter à priori la possibilité de mener une politique indépendante pour les opprimés, tout en sous-estimant le danger que représente l’islamisme dans le monde arabe, et les contradictions qui peuvent miner profondément la société israélienne malgré son apparente homogénéité sur le plan électoral.
 
 
Les Palestiniens pris au piège de l’Islamisme
 
La victoire du Hamas aux élections de 2006 est d’abord la conséquence des prétendus « accords de paix » d’Oslo. Non seulement le processus de colonisation s’est poursuivi, mais les conditions de vie de la population se sont terriblement dégradées au quotidien. L’occupation israélienne s’est faite plus dure que jamais, sur un territoire désormais totalement morcelé et déstructuré [1].
 
C’est aussi la conséquence de la soumission de l’Autorité palestinienne dirigée par le Fatah, incapable de proposer la moindre alternative à sa politique de collaboration, même lorsqu’il est devenu de plus en plus évident que les autorités israéliennes ne « jouaient pas le jeu ». Cette soumission a des racines sociales : à l’ombre d’une pseudo-indépendance, c’est toute une bourgeoisie palestinienne qui a commencé à se servir de « son » Etat pour prospérer sur fond de misère générale. Il n’était pas question pour elle d’y renoncer !
 
Le Hamas a su exploiter ce mécontentement tout en s’adaptant et en faisant des compromis. Ayant rejeté les accords d’Oslo, il avait boycotté les premières élections palestiniennes issues de ces accords en 1996. Ce n’est plus le cas désormais. Allant plus loin, le Hamas a même été jusqu’à proposer d’intégrer l’OLP « représentante légitime » de tous les Palestiniens, aux côtés du Fatah ou du FPLP, sans remettre en cause sa charte laïque ni le fait que l’OLP ait reconnu l’Etat d’Israël depuis 1988.
 
C’est Abbou Abbas, le dirigeant de l’Autorité palestinienne, et avec lui le Fatah, qui ont choisi l’affrontement. Ils ont d’abord refusé l’offre de constituer un gouvernement d’union nationale puis ont tout fait pour saboter l’action de gouvernement dirigé par Ismaïl Haniyeh, avant de se résigner à gouverner avec le Hamas après les accords de La Mecque en février 2007. Un accord qui s’est révélé sans lendemain : trois mois après, ce sont cette fois les forces de sécurité du Hamas qui ont pris le contrôle total de la bande de Gaza, après avoir accusé le Fatah de préparer un coup d’Etat, avec l’appui de l’Egypte et probablement l’accord d’Israël.
 
La question de savoir ce que veut réellement le Hamas reste entièrement posée [2]. Parti intégriste ou parti évoluant vers des positions nationalistes plus classiques ? Ce qui est sûr, c’est que ce parti ne représente nullement les intérêts des exploités et des opprimés qu’il prétend parfois défendre !
 
A l’origine, le Hamas était d’abord un parti religieux, issu des Frêres musulmans palestiniens, et pendant longtemps, ce courant lui-même originaire d’Egypte, a exclusivement cherché à propager le « véritable » islam sans se mêler aux luttes de libération de la Palestine. Il fallait, disait-il, « préparer les générations à la bataille » car seuls de vrais musulmans pouvaient espérer un jour l’emporter face à Israël et l’Occident.
 
La 1ère Intifada l’a obligé à réviser profondément sa stratégie, en fondant le « Mouvement de la résistance islamique » (Hamas) en décembre 1987. L’objectif est désormais de libérer la Palestine avant de créer un Etat islamique. Le modèle de l’Etat-nation s’impose face au vieux rêve de la communauté musulmane réunifié (l’Oumma). Mais la divergence avec l’OLP reste malgré tout bien significative, comme le spécifie sa Charte rédigée en 1988 : « Malgré toute notre estime pour l’OLP et pour tout ce qui pourrait s’y développer, et sans vouloir minimiser son rôle dans le conflit arabo-israélien, il nous est impossible de troquer l’islamité actuelle et future de la Palestine pour l’adoption de l’idée laïque ».
 
Il est sans doute difficile de prévoir précisément la trajectoire de ce mouvement dans la période à venir. Elle s’inscrit pour une part dans un contexte plus général, après les échecs et les déceptions engendrés par les régimes arabes, laïcs et progressistes qui prétendaient développer leur pays, en partie en confrontation avec l’impérialisme mais sans jamais chercher à le renverser, encore moins à proposer une politique indépendante pour le prolétariat. Au nom du « progressisme » dans l’Egypte de Nasser, parfois même au nom du « socialisme » comme dans l’Algérie de Ben Béla et de Boumediene, c’est une nouvelle bourgeoisie ayant l’ambition de moderniser son pays qui avait pris le pouvoir pour elle-même à cette époque, avant de sombrer rapidement dans la corruption et l’absence de tout projet de développement.
 
C’est cette évolution qu’a connue également l’Autorité palestinienne, mais en raccourci et en plus caricatural encore, à la tête d’un micro territoire et d’un Etat croupion. C’est aussi cette évolution que dénoncent les islamistes, mais au nom de « valeurs » islamiques opposées aux « valeurs » occidentales, sans réel projet alternatif, parfois même en défendant un programme économique finalement très proche de ceux que tente de promouvoir le FMI.
 
Le mouvement islamique a connu lui aussi des évolutions importantes et divergentes. En Algérie, cela s’est traduit par une fuite en avant dans la lutte armée sans maîtriser le processus jusqu’au bout, le FIS étant rapidement concurrencé dans les années 1990 par de nombreux groupuscules sanguinaires œuvrant au nom du GIA. En Turquie, c’est au contraire un parti de notables qui est arrivé au pouvoir, guère différent des autres. De ce point de vue, l’évolution du Hamas, comme d’ailleurs celle du Hezbollah au Liban, n’est pas écrite d’avance. Son programme électoral en 2006, et plus encore son programme de gouvernement, sont particulièrement modérés, affirmant tout à la fois que la Charia islamique « devrait être la source principale de la législation en Palestine » et que son gouvernement « est le résultat d’élections justes et libres : il s’engage à souscrire au choix démocratique, à protéger la démocratie palestinienne et l’alternance pacifique au pouvoir ». En juin 2007, le coup de force à Gaza a quand même permis de constater que les exécutions, les tortures et les emprisonnements sans jugement pouvaient rapidement balayer toutes les déclarations de bonne volonté concernant le respect d’un minimum de droits démocratiques…
 
Et puis surtout, comme tous les autres partis nationalistes, le Hamas n’a nullement l’intention de donner le pouvoir au peuple, avec ou sans les apparences de la démocratie bourgeoise. C’est d’ailleurs ce qu’il y a de profondément commun entre ce mouvement et l’OLP dans toutes ses composantes : la mise en place d’un appareil politico-militaire qui se construit au cours de la lutte, au nom du peuple mais clairement au-dessus de lui dès qu’il s’agit de prendre puis d’exercer le pouvoir.
 
 
L’opportunité existe de défendre une politique différente
 
Après deux années au gouvernement, le crédit du Hamas est probablement et selon toute apparence bien entamé, sans que personne non plus n’ait envie de revenir dans les bras du Fatah. C’est semble-t-il le scepticisme, voire tout simplement le désespoir et le repli sur soi, qui semblent l’emporter chaque jour un peu plus au sein de la population.
 
Il existe pourtant quelques raisons d’espérer. En particulier, il semblerait que bien des débats sur les possibilités de reconstruire une résistance soient en train de s’ouvrir à nouveau après toutes ces défaites, ce qui nous interroge inévitablement sur la manière dont ces discussions pourraient nous concerner en France.
 
Nous pourrions bien sûr nous contenter de quelques gestes de solidarité comme le boycott d’Israël -à l’efficacité douteuse- tout en nous réjouissant faute de mieux qu’il y ait quand même là-bas quelques initiatives visant à reconstruire des syndicats indépendants de l’Autorité palestinienne ou des comités de village un peu moins liés aux structures bureaucratiques … Mais la question reste posée : pour quelle politique ?
 
Le fait d’être extérieur et relativement impuissant ne devrait pas nous dispenser de défendre nos propres conceptions, un projet d’émancipation nationale et sociale, clairement anticapitaliste, plutôt que d’avoir la tentation de nous aligner sur des politiques nationalistes, même de gauche, qui ne sont pas les nôtres, sous prétexte qu’en agissant ainsi on a un peu plus l’impression d’être dans le coup et qu’il n’y en a pas d’autre sur place.
 
D’autant que la situation actuelle est peut être propice à ce que nous nous fassions un peu mieux comprendre. En votant pour le Hamas, la majorité des Palestiniens n’a pas voté pour un projet islamique mais contre l’Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas [3]. Elle reste disponible, malgré toutes les difficultés, pour que le débat s’engage sur des bases nouvelles.
 
C’est pourquoi, la question devrait davantage se poser de défendre à chaque fois que l’occasion se présente des conceptions clairement alternatives aux politiques que mènent tous les partis nationalistes, qu’ils soient laïcs, religieux, ou prétendument marxistes : un programme de lutte de classe et un programme internationaliste, y compris en lien avec les travailleurs vivant en Israël, un programme qui réfléchisse davantage sur les méthodes de lutte de telle sorte qu’elles restent compatibles avec un projet d’émancipation des travailleurs par eux-mêmes, afin que les références au socialisme, lorsqu’elles existent, ne soient pas une nouvelle fois une tromperie pour les exploités.
 
 
Une société israélienne définitivement bloquée ?
 
En 1967, le Matzpen (la boussole en hébreu) publiait son manifeste. Un programme qui cherchait à inscrire la lutte des travailleurs vivant en Israël dans la perspective plus large d’une fédération socialiste du Moyen-Orient : « L'Organisation Socialiste Israélienne dans les rangs de laquelle se trouvent des Arabes comme des Juifs, estime que le problème palestinien et le conflit israélo-arabe peuvent et doivent être résolus dans une direction socialiste et internationaliste, prenant en considération les aspects spécifiques de ce problème complexe. Ce n'est pas un conflit ordinaire entre deux nations. Par conséquent il ne suffit pas d'en appeler à une coexistence basée sur la reconnaissance mutuelle des droits nationaux des deux peuples. L'état d'Israël est la conséquence de la colonisation jusqu'auboutiste de la Palestine par le mouvement sioniste, aux dépens du peuple arabe et sous les auspices de l'impérialisme (…) Nous estimons, par conséquent, qu'une solution du problème requiert la désionisation d'Israël. L'Etat d'Israël doit subir une profonde transformation révolutionnaire, de sorte que cet état sioniste (c'est-à-dire état des Juifs du monde entier) devienne un état socialiste représentant les intérêts des masses qui y vivent.
 
(…) Les masses israéliennes ne seront délivrées de l'influence du sionisme et ne lutteront contre lui qu'à la condition que les forces progressistes du monde arabe leur présentent une perspective de coexistence sans oppression nationale. L'Organisation Socialiste Israélienne estime par conséquent qu'une solution véritable du problème palestinien requiert la reconnaissance du droit de la nation hébraïque à l'autodétermination. Autodétermination ne signifie pas nécessairement séparation. Au contraire, nous sommes d'avis qu'un petit pays pauvre en ressources naturelles, tel qu'Israël, ne peut exister en tant qu'entité séparée. Une seule alternative s'offre à lui : ou bien continuer à dépendre des puissances étrangères, ou bien s'intégrer dans une union régionale ».
 
Le projet peut paraître aujourd’hui lointain, pour ne pas dire utopique, et bien des initiateurs ont changé d’opinion depuis [4]. Quant aux mouvements de contestation, après avoir connu un réel succès lors de l’invasion du Liban en 1982 puis au moment de la première Intifada, ils ont largement reflué, et seules quelques poignées d’individus continuent à défendre courageusement une politique alternative au sionisme [5].
 
Pourtant, il y a un fait essentiel qui mériterait de retenir notre attention : la société israélienne est une société profondément en crise, même si cela ne s’exprime pas comme nous pourrions le souhaiter sur le plan politique.
 
Cette crise a d’abord un caractère social. Le poids du militarisme pèse à tous les niveaux, dans une société particulièrement inégalitaire qui subit comme partout de plein fouet les dégâts du libéralisme. Et même si les Arabes constituent la grande majorité des 1,6 millions d’Israéliens (sur 7 millions d’habitants) vivant sont sous le seuil de pauvreté, cela ne doit pas masquer le fait que beaucoup de Juifs en Israël sont d’autant plus pauvres que la priorité en matière de dépense publique est pour l’armée afin de lutter contre le « terrorisme ».
 
Mais plus largement, c’est la vie quotidienne dans toutes ses dimensions qui est pourrie par cette atmosphère de citadelle assiégée. Le fait qu’un quart des jeunes Israéliens ayant accompli leurs années de service militaire actif vit aujourd’hui en dehors de ses frontières est un indice parmi d’autres du mal qui ronge profondément la société israélienne.
 
Le projet sioniste est en crise, peut-être davantage qu’à l’époque des massacres de Sabra et Chatila. Il ne s’agit pas cette fois d’un crime de guerre qui éclabousserait violemment mais ponctuellement la société israélienne. Il s’agit plutôt d’une absence de projet collectif que décrit fort bien Michel Warschawski dans l’un de ses ouvrages récents [6] : la contradiction entre un projet national, républicain, laïc qui était celui de Ben Gourion, et le poids persistant de la religion non seulement dans la société mais dans la définition même d’Israël comme Etat juif ; sa prétention à être un régime démocratique tout en foulant aux pieds les droits élémentaires des Arabes israéliens sous prétexte qu’ils ne sont pas Juifs ; le mépris persistant pour les Juifs orientaux et le fait que parmi le million de Juifs originaires de l’ex-URSS, plus de la moitié ne se définissent pas comme juifs ou ne sont pas considérés comme tels ; le fait qu’au total la population non-juive atteint près de 40 % de l’ensemble… Autant d’éléments qui soulignent une contradiction de plus de plus manifeste entre la définition d’Israël comme Etat juif et sa prétention à être un Etat démocratique faisant une place égale pour tous quels que soient son origine et ses croyances.
 
Une contradiction qui touche profondément à l’identité d’Israël et du peuple juif, qui la mine de l’intérieur et redonne paradoxalement une nouvelle actualité au projet d’une société binationale mêlant Juifs et Arabes, tout en nous interrogeant sur les moyens de la lutte à mener pour mettre à terme à la situation coloniale engendrée par le projet sioniste.
 
Car le paradoxe est là : face à l’ennemi qui se présente sous la figure du terroriste actionnant sa ceinture d’explosifs, c’est la peur commune d’être jeté à la mer par les Arabes qui l’emporte encore, et unit malgré tout les Juifs d’Israël. Mais de l’intérieur de la société elle-même, ce sont avant tout des problèmes sociaux et sociétaux qui traversent les membres épars d’une société fragmentée de manière multiple, une société dans laquelle la fracture séparant les Juif des Arabes israéliens n’est pas la seule ni toujours la plus déterminante.
 
C’est pourquoi l’autodétermination du peuple palestinien passera sans doute encore par une résistance quotidienne à l’occupation imposée par Tsahal, mais elle passera peut être plus fondamentalement par une politique internationaliste, une politique de classe, visant de l’intérieur à approfondir les contradictions qui minent la société israélienne, afin de poser les jalons d’une alternative au sionisme, lequel a conduit le peuple juif dans l’impasse d’une société militarisée à outrance et sans aucune perspective même à long terme.
 
Cette politique de classe n’ignore pas la question nationale. Mais elle ne postule pas non plus une évolution en deux étapes distinctes : d’abord la Palestine libre et ensuite on verra plus tard pour le socialisme et ce qu’on fera avec les voisins israéliens. Elle cherche au contraire à imbriquer les deux dans une perspective commune pour tous les peuples de la région, parce que la question nationale ne pourra trouver de véritable solution qu’en étant prise en charge par les opprimés et les exploités eux même qui n’aspirent pas seulement à un bout de terre mais à une terre viable, qui mérite qu’on se batte pour elle, débarrassée non seulement de l’exploitation capitaliste et de la domination impérialiste, mais aussi à terme inévitablement de ses frontières, car sans cela aucun des problèmes fondamentaux de la région ne pourra être résolu, à commencer par celui de l’eau.
 
C’est donc un combat qui ne se mènera pas contre les Israéliens mais avec eux, en tant qu’exploités que l’on cherchera à unir autour d’un projet d’émancipation commun. C’est du moins ce que l’on peut essayer d’explorer à nouveau, et c’est indispensable car malgré les difficultés, on peut aussi affirmer qu’il y a peu de chances -compte tenu des rapports de force actuels- qu’une victoire quelconque puisse être envisagée autrement.
 
Jean-François CABRAL
 
[1] Il y avait 115 000 colons en 1993 et près de 500 000 aujourd’hui dans les territoires occupés. A Gaza près de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.
 
[2] On peut lire à ce sujet, avec intérêt mais non sans critique, le livre que vient de publier récemment Khaled Hroub chez Démopolis : « Le Hamas ».
 
[3] Un sondage réalisé cinq jours après le scrutin en janvier 2006 sur l’ensemble du territoire est assez intéressant de ce point de vue (il est cité par Khaled Hroub dans son ouvrage page 236) : interrogés sur les priorités que le Hamas devrait se donner, 40% ont répondu la lutte contre la corruption, 17% l’action contre le chômage et la pauvreté, 17% l’effort pour améliorer la sécurité, 3% l’application de la Charia.
 
[4] C’est le cas notamment de Nathan Weinstock, auteur d’un livre publié en 1971 chez Maspero, aujourd’hui épuisé : « Le sionisme contre Israël ».
 
[5] Voir en particulier le site du Centre d’information alternatif animé par Michel Warshawski : http://aic.netgate.net
 
[6] Michel Warschawski : « Israël-Palestine le défi binational », Textuel. En particulier le chapitre 8 : « L’Etat juif à bout de souffle ».