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L’indispensable campagne des anticapitalistes

La campagne pour la présidentielle vient de franchir une nouvelle étape après le meeting du Bourget de François Hollande et son passage à « Des paroles et des actes » ainsi que la prestation télévisée, sur 9 chaînes, le 29 janvier, de Sarkozy. Elle est dominée par le développement de la crise qui oblige chaque candidat à se déterminer en fonction des réponses qu'il prétend y apporter. Le débat entre Hollande et le non-candidat tourne à une incompréhensible bataille de chiffres et de fiscalité, l'un et l'autre étant bien incapables de définir la différence entre leur politique. Tous les deux se plient à la lutte contre les déficits par la rigueur et l'austérité. Hollande fait même du zèle en annonçant que, lui président, le déficit budgétaire sera résorbé d'ici à la fin de son quinquennat ! Les deux vantent la même potion, l'austérité et la compétitivité pour relancer la croissance. L'atout de Hollande est la panique de Sarkozy et des siens qui les entraîne irrésistiblement dans une fuite en avant dont on voit mal quelle pourrait en être l'issue, si ce n'est l'effondrement du président-candidat. L'idée est évoquée dans les rangs mêmes de l'UMP et Bayrou comme Le Pen en font le centre de leur stratégie.
 
La panique cherche à se cacher derrière les rodomontades et le bluff, les agressions que deux attaques phares de Sarkozy incarnent tout particulièrement, la TVA sociale et les accords de compétitivité. La première représente un transfert de richesse de 13 milliards d'euros de la poche des salariés dans celle des patrons sans parler des conséquences d'une probable hausse des prix, sans que rien ne puisse démontrer l'efficacité d'une telle mesure du point de vue de ses prétendus objectifs. La deuxième est une attaque en règle contre le droit du travail qui donne tous les moyens aux patrons d'imposer par le chantage à la fermeture ou à la délocalisation des accords défavorables tant en matière de temps de travail que de rémunération. Le droit du travail n'est plus une garantie ni une protection pour les salariés.
 
Sur le plan des sondages, Hollande bénéficie pleinement, malgré le vide de son discours, de la stratégie de Sarkozy qui tente de masquer sa déroute par la surenchère contre les travailleurs et la population.
 
Bayrou, de son côté, rêve de tirer son épingle du jeu de cet affrontement Hollande-Sarkozy mais sans autre politique que de faire lui aussi dans l'austérité et le « produire français » sans grande chance de convaincre. Et au final, dans cette course à l'austérité, à la compétitivité et au produire en France, la gagnante pourrait bien être Marine Le Pen dont personne ne peut exclure aujourd'hui qu'elle devance Sarkozy au premier tour. Il y a là un effet quasi mécanique des surenchères de Sarkozy, de ses incohérences, des reniements de tout ce qui avait été ses promesses en 2007. Marine le Pen vient même de redécouvrir « la valeur travail » ! Pour attirer les déçus de Sarkozy, elle reprend en encore plus démagogique et cynique la campagne de 2007 de ce dernier sans craindre d'aller jusqu'au bout du nationalisme en prônant la sortie de l'euro et la « préférence nationale ». Elle mise sur l’approfondissement de la crise de l’Union européenne.
 
Ces surenchères réactionnaires comme les ambiguïtés de Hollande contribuent à créer une dynamique en faveur du Front de gauche et de son candidat Mélenchon qui se positionnent contre les politiques d'austérité sans que les candidatures anticapitalistes et révolutionnaires parviennent, pour le moment, à capter une fraction significative du monde du travail et de la jeunesse. Sur le fond, cela s'explique par le fait que les propres ambiguïtés de Mélenchon lui donnent paradoxalement une crédibilité plus grande dans la mesure où la grande majorité des travailleurs n'imaginent pas encore que la seule issue de la crise soit une rupture radicale avec le système. D'une certaine façon, comme le Parti communiste dans le passé et en usant du même nationalisme, Mélenchon joue de cette contradiction en combinant un langage radical avec une politique qui s'inscrit dans le cadre institutionnel, celle de la victoire d'une gauche dont il serait l'axe dominant. Mais pas plus que la politique du PC dans le passé, celle du Front de gauche aujourd'hui n'offre une réelle perspective. Celle-ci ne peut s'articuler qu'autour d'une démarche qui lie la défense des travailleurs et de la population face à l'offensive des classes dominantes à la mobilisation de ces derniers pour imposer des mesures radicales contre les banques et le patronat qui impliquent l'annulation de la dette et la conquête de la démocratie, l’institution d'un gouvernement s'appuyant sur l'organisation de la population pour imposer ces mesures dans le cadre de la construction d'une autre Europe.
 
C'est bien pourquoi il est indispensable que dans cette campagne nous réussissions à faire entendre la voix des anticapitalistes, une voix qui défende notre programme, nos perspectives tout en étant capable de militer pour la plus large unité afin de mettre dès maintenant en échec les attaques de Sarkozy et de son gouvernement. C'est la politique que défendent Philippe Poutou et le NPA.
 
Il ne s'agit pas de mener une campagne simplement propagandiste ou protestataire mais d’agir, aussi minoritaire que nous soyons dans le pays, pour contribuer à ce que, sans attendre, le monde du travail soit à même d'engager une contre-offensive. Cela implique qu'une voix dise clairement que ce ne sont pas les élections qui, fondamentalement, changeront le rapport de force. Elles peuvent certes y contribuer, mais à condition qu'un courant dise que ce ne sont pas elles qui changeront les choses mais bien la mobilisation et l'organisation du monde du travail. Certes, d'une certaine façon, la campagne du Front de gauche y contribue mais elle contribue encore plus à entretenir des illusions sur la vertu du bulletin de vote, la révolution citoyenne, la révolution dans les urnes. 
 
Pour certains, toute politique qui ne s’inscrit pas dans celle de la gauche libérale ou antilibérale serait condamnée à « la marginalité et à l’isolement ». Le passé tant de 2002 que de 2007 est là pour prouver l'inverse. La campagne du NPA n'est pas exempte de critiques, de faiblesses, mais l'urgence est de la renforcer et d'abord de nous donner les moyens de surmonter la censure institutionnelle à laquelle les directions des partis de cette gauche participent, l'obstacle des 500 signatures. 
 
La période que nous traversons bouscule les rapports politiques, exige de l'extrême gauche qu'elle trouve la force collective pour gagner en crédibilité, cesser d'être une simple opposition critique de la gauche, la gauche de la gauche, pour devenir une réelle force agissante au sein du monde du travail. Pour cela, il est nécessaire que nous soyons présents dans la campagne présidentielle. Il n'y a pas d'autre voie pour préparer l’après 2012, quand probablement la gauche libérale sera aux affaires pour mettre en œuvre sa politique de lutte contre les déficits au détriment du monde du travail. Oui, il faut battre Sarkozy et sa politique mais sans la moindre confiance en François Hollande, cela veut dire concrètement travailler au regroupement des anticapitalistes pour jeter les bases d'un véritable parti d'opposition ouvrière et populaire à toute politique d'austérité.
 
Yvan Lemaitre