• warning: Illegal string offset 'files' in /mnt/web219/d0/93/52017993/htdocs/npa-dr_old/modules/upload/upload.module on line 273.
  • warning: Illegal string offset 'files' in /mnt/web219/d0/93/52017993/htdocs/npa-dr_old/modules/upload/upload.module on line 273.

Perte du triple A, la logique d’une crise...

Depuis des semaines, face à la menace d’une dégradation de la note financière de l’État, Sarkozy avait fait du maintien du triple A, élevé au titre de « trésor national »,  un argument massue pour justifier ses plans de rigueur. Il s’agissait de tout faire pour éviter une dégradation qui aurait conduit à une augmentation des taux des futures émissions de dette publique, l’entrée dans le cercle vicieux de l’endettement... comme si ça n’était pas déjà le cas !

Mais rien n’y a fait... Vendredi 15, la nouvelle tombait : Standard & Poor’s, une de trois principales agences de notation, annonçait le passage de AAA à AA+ pour la France, ainsi que la dégradation de huit autres pays de la zone européenne, suivies peu après de celle du FESF, puis de certaines entreprises publiques dont EDF, RTE (Réseau de Transport Électrique, filiale d’EDF chargée de la construction et de l’entretien des lignes) et la SNCF. Les deux autres agences, Moody’s et Fitch, conservent le triple AAA pour la France, mais l’accompagnent d’un avertissement « négatif ».

La nouvelle n’a cependant pas déclenché le « tsunami » annoncé par certains : il n’y a pas eu d’effondrement boursier, ni d’augmentation des taux pour les emprunts d’État qui viennent d’avoir lieu... Une des raisons en est certainement que les taux demandés à l’État français étaient déjà bien supérieurs à ceux demandés à l’État allemand, malgré une note identique. Une dégradation implicite s’était déjà réalisée, que ne fait que confirmer formellement la décision de Standard & Poor’s.

Quoi qu’il en soit, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Sarkozy et le gouvernement minimisent maintenant l’importance de cette dégradation... sans oublier cependant de l’utiliser comme prétexte pour leurs « réformes » à venir. Occasion toute trouvée, le « sommet social » devenu « sommet de crise » de mercredi 18 : pour Fillon, « La décision de Standard & Poor's rend ce rendez-vous plus pertinent que jamais. Il faut faire maintenant les réformes de compétitivité »...

Chacun a pu en évaluer les résultats : sous prétexte de lutte pour l’emploi, c’est un nouvel étalage de cadeaux au patronat, un pas de plus dans cette politique de régression sociale qui, pour sauver les profits de quelques uns,  nourrit la crise et conduit à la récession.

« Dégradation d’une politique » ?

Hollande, prenant les choses de haut comme il sied à un postulant au poste suprême de l’État, a déclaré : « C’est une politique qui a été dégradée, pas la France ! » « Nicolas Sarkozy avait fait de la conservation du triple A un objectif de sa politique et même une obligation pour son gouvernement. C'est ainsi qu'avaient été justifiés pas moins de deux plans de rigueur en quatre mois. Cette bataille, et je le regrette, a été perdue ».

Si Hollande reproche quelque chose à Sarkozy, ça n’est pas sa soumission aux diktats des marchés et des agences de notation, c’est de s’y être mal pris... Il regrette que la bataille pour le maintien du triple A ait été perdue... Il se place sur le même terrain que Sarkozy, trouver des solutions pour « rassurer les marchés », pour « diminuer les déficits »... et prétend simplement pouvoir le faire de façon plus équitable. C’est du bluff.

Ce qui est en cause dans cette affaire de dégradation, ça n’est pas la capacité de tel ou tel gouvernement à mettre en œuvre des politiques capables de « réduire les déficits », c’est le fait que les politiques menées depuis des mois sous ce faux prétexte débouchent aujourd’hui sur une nouvelle aggravation de la crise européenne et la perspective d’une propagation de cette crise à l’échelle mondiale.

Selon La Tribune du 16, « L'annonce de l'agence de notation bouleverse le déjà fragile équilibre européen alors que le spectre d'un défaut de la Grèce, engluée dans ses négociations avec les banques, refait surface. Tous les ingrédients du cocktail explosif européen semblent ainsi à nouveau réunis. Standard & Poor's signale maintenant sans ambages que le principal risque n'est pas tant en soi la hausse des déficits et de la dette publics mais l'absence de croissance économique dans la zone euro ».

Ce que précise Standard & Poor’s dans les communiqués qui accompagnent les annonces de dégradation : « Un processus de réformes fondé sur le seul versant de l'austérité budgétaire risque de se vouer lui-même à l'échec, la demande intérieure chutant parallèlement aux inquiétudes croissantes des consommateurs sur la sécurité de leur emploi et de leurs revenus, minant les recettes fiscales des pays » ...

« Une crise économique et financière plus grave que nous ne l’envisageons actuellement pourrait également conduire à un accroissement des tensions au sein du système bancaire européen, susceptible d’entraîner des dépenses supplémentaires pour les États induites par des programmes de recapitalisation ou de sauvetage de banques.

De plus, nous pensons que le risque de lassitude à l’égard des réformes pourrait s’accentuer, en particulier dans les pays où la récession a été forte et où les perspectives de croissance demeurent moroses. Ceci pourrait éventuellement rendre les orientations politiques moins prévisibles, et donc nous conduire à baisser le score « politique et institutionnel » de ces pays »...

C’est Standard & Poor’s qui le dit : la politique menée par les États européens pour sauver leur note conduit à la récession, accentue la crise économique et financière, alimente la contestation sociale et la crise politique...  Et c’est pourquoi elle dégrade les pays qui sont les plus menacés par les conséquences d’une politique dont elle a contribué à fixer les règles !

Elle ferme ainsi un cercle aussi vicieux que celui de la crise qui frappe l’Europe et commence à se propager à l’ensemble de la planète.

Selon un rapport récent, la Banque mondiale revoit à la baisse ses prévisions pour 2012 : une croissance de 5,4 % pour les pays en développement et de 1,4 % pour les « pays à revenu élevé » (-0,3 %, la récession, pour la zone euro), contre respectivement 6,2 % et 2,7 % (1,8 % pour la zone euro) selon ses estimations du mois de juin. Ce ralentissement de la croissance est déjà perceptible dans le fléchissement des échanges mondiaux : alors que leur augmentation en 2010 était de 12,4 %, elle s’est réduite à 6,6 % en 2011 et ne devrait pas dépasser 4,7 % en 2012.

Quant à la crise européenne de la dette, elle connaît un nouvel accès de fièvre, dont la manifestation n’est pas tant dans la vague de dégradations que dans le fait que la Grèce se trouve à nouveau au bord d’une faillite qui pourrait être le signal déclencheur d’un effondrement financier en cascade.

« Le risque grec revient en force sur la scène européenne »

(La Tribune, mercredi 18)

La crise européenne de la dette a commencé en Grèce en mai 2010. Depuis, le « sauvetage » de la Grèce a fait l’objet de nombreux sommets au cours desquels les dirigeants européens, la BCE et le FMI ont concocté toute une série de plans. Dernier en date, celui du 27 octobre, à l’issue duquel Sarkozy s’était vanté d’avoir sauvé, avec Merkel, l’Europe et même le monde, d’une nouvelle catastrophe financière...

Hélas ! Le bluff, déjà bien fatigué, se dégonfle totalement aujourd’hui : la Grèce est à nouveau au bord du défaut de paiement, alors que la mise en œuvre du plan du 27 octobre menace d’aboutir à une impasse.

Une nouvelle grève contre les plans d’austérité a accueilli mardi les représentants de la « troïka » (UE, BCE, FMI) venus contrôler la mise en œuvre des mesures antisociales imposées au gouvernement grec pour qu’il puisse recevoir la prochaine aide de 130 milliards d’euros. A défaut de percevoir cette aide, l’État grec sera dans l’incapacité de payer les fonctionnaires, les retraites, etc. et d’assurer le paiement, le 20 mars, de la prochaine échéance de sa dette : 14,5 milliards d’euros.

Autre volet du plan du 27 octobre, les créanciers privés de la dette grecque s’étaient engagés à réduire « volontairement » de 50 % le montant de leurs créances. Les négociations pour mettre en place des modalités pratiques de cette décote sont en cours actuellement. Leur succès est une autre des conditions imposées à l’État grec par la « troïka » pour que l’aide de 130 milliards soit débloquée.

Dans ces négociations « s’affrontent » les représentants de l’oligarchie financière -un lobby intitulé Institut de la finance internationale (IIF)- et ceux du gouvernement de Papademos. Le processus prévu pour la réduction consiste à échanger progressivement -d’ici 2020- les titres détenus par les banques par des titres de valeur inférieure et pour lesquels il s’agit de définir un taux d’intérêt. Les banques demandent un taux de 5 % pour ces nouveaux titres alors que l’État voudrait le limiter à 3% - pour des emprunts à trente ans portant sur les dizaines de milliards, la différence est de taille...- ; d’autre part les dirigeants grecs estiment aujourd’hui insuffisante, du fait de la dégradation économique du pays, la décote de 50 % envisagée en octobre pour atteindre l’objectif de réduction des déficits fixé par le plan, ce dont ne veulent pas entendre parler les banques.

Par ailleurs, tous les créanciers privés ne sont pas « volontaires ». La chute de la valeur des titres a attisé les appétits de fonds spéculatifs -hedge fund- qui ont profité des prix bas pour acheter de la dette à court terme, tout en s’assurant contre les pertes éventuelles. Ils n’ont du coup aucun intérêt à participer à l’opération de décote et attendent un nouveau plan de secours des États qui leur permettra de ramasser leur mise avec bénéfice. Et si ce plan ne vient pas, et en cas de défaut constaté de la Grèce, l’assurance devrait compenser largement les pertes relatives à l’effondrement des titres.

Enfin, les banques privées demandent la BCE de bien vouloir elle aussi participer à l’opération de décote... C’est que, conformément aux décisions prises lors du premier plan de sauvetage de la Grèce, en 2010, la BCE a racheté aux banques tous les titres toxiques dont elles voulaient se débarrasser. Le résultat, c’est qu’avec 40 % du total des titres de la dette grecque dans ses coffres, la BCE en est devenue au fil des mois le premier créancier. Et ces mêmes banques qui ont été renflouées généreusement par la banque centrale, soulagées d’une bonne partie de leurs titres pourris, lui demandent maintenant, en toute logique, de poursuivre cette politique, en prenant sa part de la décote. C’est dans l’ordre des choses du monde de la finance... L’oligarchie financière entend bien perdre le moins d’argent possible et faire porter au maximum les frais de l’opération sur la banque centrale et les États, c’est-à-dire les contribuables, les populations.

Cela met aussi en évidence ce que « sauvetage de la Grèce » veut dire dans la bouche de Sarkozy, Merkel, Lagarde et autres Barrosso. Tout un volet des plans d’aides a consisté en prêts directs des autres États européens et du FMI à la Grèce, moyennant bien évidemment intérêts. L’argent ainsi prêté venait d’emprunts réalisés sur les marchés obligataires par les États et le FMI. Avec un petit bénéfice au passage, les intérêts versés au titre des emprunts étant inférieurs à ceux qui leur sont versés par la Grèce... La BCE, qui n’a pas le droit de prêter directement de l’argent aux États, rachetait sur le marché secondaire des titres devenus invendables. Ainsi, la « troïka » est devenu un intermédiaire entre les marchés financiers et l’État grec, des créanciers qui entendent bien récupérer intérêts et principal. Ou du moins ce qui leur sera possible…

Les négociations entre les banques et le gouvernement grec ont été rompues vendredi 13 pour reprendre mercredi 18 dans la soirée. Il s’agissait, selon le représentant des banquiers, de se donner le temps d’« une réflexion sur les bénéfices d'une approche volontaire »... autrement dit, certainement, le temps d’évaluer les conséquences de telle ou telle option dans ces négociations du point de vue des intérêts des créanciers privés. Une de ces options pouvant être de laisser la Grèce faire faillite malgré le risque d’effet domino que cela représente pour l’ensemble du système financier.

Il est impossible de faire, dans cet « affrontement » entre complices d’une même politique, la part de ce qui relève d’un véritable conflit dans la répartition de frais généraux incontournables et de ce qui relève d’une comédie destinée à tromper le bon peuple. D’après Les Echos du 19, « La Grèce et ses créanciers ont repris leurs négociations, mercredi, dans un climat d'optimisme croissant quant à leur capacité à sortir de l'impasse pour conclure un accord d'échange de dette permettant à Athènes d'éviter un défaut de paiement. »... Mais le FMI se prépare à faire face à toute éventualité, en levant 600 milliards de dollars (468 milliards d'euros) de ressources financières supplémentaires pour pouvoir prêter « aux pays souffrant des retombées de la crise de la dette »... en clair pour venir au secours des banques, tenter d’éviter que la faillite de la Grèce ne devienne effective.

De quoi donner raison au responsable pour l’agence Standard & Poor’s des dettes publiques européennes qui écrivait récemment : « Ils sont au bord du précipice et un défaut désordonné aurait des répercussions sur d'autres pays mais les dirigeants politiques feront tout pour éviter cela. (...) La partie n'est pas finie »... Le problème, comme le dit par ailleurs Standard & Poor’s, c’est que la façon dont « les dirigeants politiques feront tout pour éviter cela » aggravera nécessairement la crise de la dette, la récession et la contestation sociale.

Si « la partie n’est pas finie », il est plus qu’urgent d’en changer les règles !

Rompre le cercle vicieux de la logique des marchés

Quoi que craigne Standard & Poor’s, c’est bien dans la « lassitude l’égard des réformes » que réside la seule issue possible à la crise. Selon un professeur d’économie de l’université d’Athènes, « Depuis mai 2010, les autorités européennes - et le gouvernement grec - considèrent que plus la situation de l'économie grecque est perçue comme critique, plus les mesures d'austérité seront facilement acceptées... »...

Cette « théorie » fumeuse a été dès le début mise en défaut par les travailleurs grecs, qui ont accueilli tous les plans d’austérité par les grèves et les manifestations. Au cours de la période d’accalmie qui a suivi la démission de Papandréou et la mise en place du gouvernement d’union nationale de Papademos, la colère n’a pas cessé de grandir. Le président de la République et d'autres personnalités politiques ont été prises à partie par la foule lors de la célébration d’une fête religieuse, le 6 janvier. L’archevêque d'Athènes a subit le même sort, parce que l'Église ne paie pratiquement pas d'impôts, tout comme les armateurs... Et c’est à nouveau par la grève et les manifestations que la troïka venue contrôler la bonne exécution de ses plans d’austérité a été accueillie mardi 17 janvier.

Encore une fois, les travailleurs grecs montrent la seule voie possible pour en finir avec la « partie » que nous imposent les financiers et leurs serviteurs. Pas d’autre solution que nos luttes pour leur faire remballer leurs plans d’austérité, pour exiger la fin de la casse des services publics, la répartition du travail entre tous, des salaires décents...

Pas d’autre solution que notre organisation collective pour imposer un audit sur cette dette publique au nom de laquelle les plans de rigueur succèdent aux plans de rigueur et qui conduit l’économie mondiale dans le mur. Cette dette n’est qu’une façon, pour les États, de détourner une part toujours plus importantes des ressources collectives vers les coffres des banques et des fonds d’investissements. Elle est illégitime, elle doit être annulée. Mettre fin au diktat des marchés, à la spéculation exige l’expropriation des banques, leur regroupement dans un grand pôle public bancaire, placé sous le contrôle de la population, finançant les activités nécessaires à la satisfaction des besoins de l’ensemble de la société. Ce contrôle sur le système financier et la production exige un nouveau pouvoir, une nouvelle et réelle démocratie, celle des travailleurs, s’appuyant sur les organisations construites à travers les luttes.

Ce processus n’est pas une vision utopique, il porté par la situation sociale et politique. Et cela à l’échelle de toute l’Europe, ouvrant la perspective de la fin de l’Europe des banques, de la faillite et de l’austérité, la perspective d’une Europe démocratique des travailleurs et des peuples.

Daniel Minvielle