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La politique des États aggrave la crise, l’urgence d’une réponse politique du monde du travail

Un peu plus d’une semaine après l’effondrement de Dexia, on ne peut pas dire que le moral était au beau fixe lors du sommet qui a réuni, le week-end dernier, les ministres des finances du G20, les directeurs des banques centrales et la nouvelle directrice du FMI, Lagarde.
 
Commentant ce sommet, La Tribune écrivait lundi : « La crise économique s’accentue... Pour l'économie mondiale, les réunions se suivent mais la situation ne s'améliore pas... les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des vingt principales puissances économiques de la planète (G20) ont dû se rendre à l'évidence : la crise s'accentue et s'étend... ». Pour Lagarde, « il est plus probable que la situation ait empiré durant les trois dernières semaines plutôt qu'elle se soit améliorée ... Les pays émergents sont très inquiets du risque de contagion des pays industrialisés vers eux et les pays les plus pauvres »...
 
Du coup, « tous les yeux sont rivés sur les responsables de la zone euro »... qui avaient promis que « les pays de la zone euro mettraient en œuvre (d'ici le 14 octobre) les mesures nécessaires permettant d'accroître la flexibilité du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et de maximiser son impact pour éviter la contagion »...
 
Promesse non tenue, du fait des réticences de quelques pays à se plier sans discuter aux exigences des grandes puissances et des difficultés de la France et l’Allemagne à se mettre d’accord. La solution à été renvoyée dans un premier temps « aux résultats du Conseil européen du 23 octobre, qui présentera un plan global afin d'apporter une riposte énergique aux défis actuels ». Pour Sarkozy, « notre destin se joue dans les dix jours ». Pour Fillon, « si on ne réussit pas, l'Europe sera en très grand risque », mais « si on réussit dimanche et dans les jours qui suivent, on peut passer à la deuxième étape ... le G20 de Cannes, où on travaillera à la relance de l'économie mondiale ». Chanson connue.
 
Mais « les réunions se suivent et la situation ne s’améliore pas...», et il n’y a bien évidemment aucune raison de croire que les choses seront cette fois différentes, le ministre des finances allemand lui-même le reconnaissait dès lundi. A raison semble-t-il, puisque réunis mercredi soir à Francfort pour préparer leur proposition commune pour ce sommet où devait se jouer « notre destin », Merkel et Sarkozy ont été incapables de se mettre d’accord, et ont reporté au mercredi suivant les décisions qui devaient sortir du sommet du 23...
 
Non, il n’y a rien d’autre à attendre de ces sommets que la poursuite de l’offensive généralisée contre le monde du travail, une offensive d’autant plus sévère que la crise s’accentue, et qui contribue à cette accentuation. Et ça n’est pas la perspective, après l’adoubement ce week-end de Hollande au poste de candidat du PS, de la mise en œuvre du programme du PS qui peut nous rassurer, car au delà des mots et des effets de manche, il s’agit bien de la poursuite de la même politique.
 
Les manifestations « d’indignés » qui se sont multipliées les week-ends derniers, la grève générale en Grèce mercredi et jeudi et les manifestations massives qui l’ont accompagnée sont l’embryon de la seule politique qui puisse casser cette fuite en avant. Les classes populaires ne peuvent pas attendre plus longtemps pour préparer leur propre réponse, sur le terrain politique.
 
« La crise s’accentue... »
 
Comme pour donner plus de poids à cette évidence, après la dégradation de la note italienne, c’est le sacro-saint « triple A » de la France qui se trouve menacé à son tour par l’agence de notation Moody’s. Le gouvernement en a pris prétexte pour prévenir immédiatement qu’il fallait tout faire pour éviter une telle éventualité, et donc se préparer à de nouveaux tours de vis...
 
Parmi les raisons avancées par l’agence pour mettre la dette publique française sous surveillance, il y a le fait que « la France pourrait faire face à un certain nombre de défis dans les mois à venir, comme par exemple la nécessité d'apporter un soutien additionnel à d'autres pays européens ou à son propre système bancaire, ce qui pourrait accroître de manière significative les engagements que doit supporter le budget du pays »...
 
Illustration immédiate, au moment même où tombait l’avertissement de Moody’s, 49 députés sur les 74 présents ce mardi matin à l’Assemblée nationale ont voté l’autorisation au gouvernement d’apporter 33 milliards de garantie à Dexia pour son démantèlement. 33 milliards qui, s’ils étaient utilisés, iraient bien évidemment grossir « les engagement que doit supporter le budget du pays... ». Dommage collatéral, la nouvelle de cette mise sous surveillance de la note de la France n’a pas manqué de créer un nouveau mouvement de repli des valeurs boursières, en particulier des banques...
 
En raccourci, le cercle vicieux dans lequel se trouve enfermé le système financier dans son ensemble, sombrant dans un océan de dettes.
 
Depuis le déclenchement de cette nouvelle phase de la crise, des milliards d’euros de capitalisation boursière ont été réduits à néant au fil de la baisse quasi continue des places boursières. Cette fuite des capitaux, en particulier des actions bancaires, traduit la crainte qu’ont les milieux financiers d’une vague de faillites des banques qui ont accumulé, en spéculant sur la dette publique, des quantités considérables de titres qui peuvent perdre toute valeur du jour au lendemain.
 
Dexia, qui a ruiné des centaines de collectivités, villes, départements, régions, établissements publics par ses paris spéculatifs, paye aujourd’hui sa politique de rapine par sa propre faillite. Elle est la preuve bien concrète que ce qui n’est qu’une crainte peut devenir très vite une réalité... 
 
Cette menace est prise très au sérieux par les États, les institutions financières internationales et les banquiers eux-mêmes. Ils ont bien compris qu’ils ne pourront échapper à une restructuration, une annulation au moins partielle des dettes. C’était, d’une certaine façon, déjà le cas, sans l’avouer, lors du sommet européen de juillet, où, sous couvert de « contribuer à l’effort collectif pour sauver la Grèce », les banques concernées avaient accepté de passer 21 % de la dette de ce pays dans la colonne « pertes ». Mais cette « décote » de 21 % s’avère aujourd’hui insuffisante, et il est envisagé qu’elle puisse passer à 40, voire 50 %... La bulle spéculative constituée par les intérêts usuraires que les banques croyaient pouvoir imposer à l’État grec se dégonfle, faute de solvabilité de l’emprunteur saigné par la pression des marchés.
 
En même temps, comme il n’est bien évidemment pas question, pour nos dirigeants, de laisser les banques éponger seules les conséquences de leur avidité, une « recapitalisation » de celles qui en auraient besoin est en préparation. C’est tout l’enjeu des négociations qui ont lieu actuellement autour du financement du FESF (fonds européen de stabilité financière), dont la « force de frappe » pourrait passer, selon la presse, des 440 milliards d’euros actuels à 1000, voire 2000 milliards !
 
Mais, quels que soient les accords auxquels aboutiront les pays de l’Union européenne sur ce financement, les centaines, voire les milliers de milliards d’euros qu’ils se préparent à distribuer aux banques ne feront, au mieux, que repousser l’échéance, tout en préparant de nouveaux effondrements. Car pour fournir aux banques les milliards qui leur permettront de poursuivre leur cavalerie financière pour le seul profit de leurs actionnaires, les États n’ont pas d’autre choix, pour alimenter le FESF, que de s’endetter encore plus... auprès de ces mêmes marchés financiers qu’ils sont en train de secourir !
 
Pendant de cette politique aux perspectives désastreuses, les gouvernants accentuent la pression sur les peuples. Au moment où se discute en France le budget de 2012, Fillon, Baroin, Sarkozy en profitent pour tenter de légitimer leur politique de rigueur, préparer le terrain pour de nouveaux coups, de nouveaux reculs sociaux.
 
Ce faisant, ils contribuent, comme leurs homologues dans les autres pays européens, à aggraver l’autre volet de la crise, la crise de « l’économie réelle », à mettre la croissance en panne. Exemple significatif, l’Allemagne, « locomotive de l’Europe », dont la croissance pour 2012 qui était estimée il y a six mois aux alentours de 2 % vient d’être revue à 0,8 %... Aux États-Unis, la tendance à la baisse du taux de croissance se confirme. C’est toute l’économie mondiale qui est en train de ralentir, et les prévisions de croissance à 1,75 % estimées par le gouvernement français pour établir son budget relèvent très certainement de la méthode Coué.
 
Pas possible donc, de compter sur une reprise de l’activité économique pour réduire les déficits publics, soulager le poids de la dette. Ce qui se prépare, c’est une nouvelle phase de stagnation, voire de récession, avec son cortège de fermetures d’entreprises, de chômage, de régression sociale...
 
Trois ans après la faillite de Lehmann Brothers, tels sont le bilan et les perspectives (catastrophiques) de la politique menée par les dirigeants de ce monde. Le bilan d’une politique au service exclusif des sommets de la bourgeoisie, de la grande bourgeoisie financière. D’une politique qui, en prétendant en faire payer toujours plus les frais aux classes populaires, accentue la crise, précipite la catastrophe.
 
Et rend toujours plus urgente une réponse politique du monde du travail, l’impasse dramatique dans laquelle le gouvernement grec a enfermé la population sous la férule des banques et de l’UE en est la démonstration.
 
La légitimité des exigences sociales
 
Le mouvement des indignés, les manifestations et la grève générale qui se sont déroulées en Grèce mercredi et jeudi contre le nouveau plan d’austérité du gouvernement Papandréou sont l’expression de la révolte de masses de plus en plus importantes du monde du travail contre l’injustice sociale, contre une politique qui apparaît de plus en plus ouvertement soumise aux seuls intérêts de la finance, pour affirmer leur droit à vivre décemment, leur refus de payer la crise.
 
Il n’est pas besoin, bien évidemment, de discuter de la légitimité de cette révolte profonde, du point de vue de l’équité sociale, du point de vue de la nécessité d’une autre répartition des richesses, du point de vue de la critique vivante qu’elle porte sur des pouvoirs politiques, de droite ou de gauche, qui soutiennent ouvertement les responsables d’une crise qui pourrait s’avérer être l’une des plus graves qu’ait connues l’humanité.
 
Mais elle a une autre légitimité.
 
Commentant la grève et les manifestations de la veille en Grèce, Les Échos de jeudi titraient : « La Grèce au bord de l’impasse sociale et politique ». Mais contrairement à ce lieu commun de la propagande des économistes et des partis de la bourgeoisie, la lutte des jeunes, du monde du travail pour la satisfaction de leurs besoins les plus immédiats, la contestation de la logique qu’imposent les gouvernements ne constituent en aucune façon une « impasse sociale et politique ». Loin d’accentuer les causes de la crise et d’en perturber la sortie, la lutte de la population pour ses exigences sociales et démocratiques en constitue la seule issue possible.
 
Non pas d’un point de vue keynésien : augmenter les salaires, redonner du pouvoir d’achat aux masses consommatrices pour relancer la demande, donc la croissance... et ainsi tenter de permettre au capitalisme de sortir d’une mauvaise passe.
 
Mais bien parce que la lutte collective des travailleurs pour exiger la satisfaction de leurs besoins élémentaires, si elle est menée jusqu’au bout, est seule en mesure d’extirper la racine du mal qui ronge la société : une économie basée sur la propriété des moyens de production et d’échange par une oligarchie financière. Une économie basée sur l’exploitation de la grande majorité par une minorité.
 
C’est d’ailleurs pourquoi la critique anticapitaliste doit aller au delà de la revendication d’une plus grande équité dans la répartition des richesses et mettre clairement en évidence la véritable nature de cette répartition des richesses dans la société capitaliste, la réalité des rapports sociaux qui régissent une économie basée sur l’exploitation salariale.
 
Les opposants à la politique actuelle des gouvernements dénoncent, à juste titre, les conséquences insupportables de ces politiques, injustice fiscale, affichage insolent des richesses alors que les masses sont condamnées à la galère, milliards de dollars de profits pour les industries agroalimentaires et pharmaceutiques alors que des peuples entiers, en Afrique, en Asie, meurent de faim ou du sida...
 
Mais si les dirigeants du PS, entre autres, ne se lassent pas de critiquer l’injustice de la politique fiscale de Sarkozy, ils se gardent bien de désigner la cause première des inégalités sociales : la mécanique économique et financière qui siphonne sans relâche le produit du travail de l’immense majorité de l’humanité, dans les moindres recoins de la planète, au profit d’une infime minorité et ne cesse d’aggraver les inégalités sociales, toujours plus de pauvres de plus en plus pauvres, tandis que prospère une minorité de riches de plus en plus riches.
 
Critiquer le capitalisme exige d’aller au delà de l’indignation, de la révolte, pour construire une conscience de classe : critiquer le salariat en tant que mode de production, en tant que forme actuelle de l’exploitation de la classe des salariés, et au delà des travailleurs dans leur ensemble, par la classe des bourgeois, et plus particulièrement de sa couche supérieure, celle des grands patrons de la finance.
 
La folie des transactions financières se produisant à la vitesse de la lumière, la vision de capitaux qui se démultiplient comme par miracle sous les effets de la spéculation, tendent à faire croire que les capitaux se reproduisent par la propre magie de leur échange sur une multitude de marchés. C’est un leurre.
 
Seul le travail est capable de créer de nouvelles valeurs, de nouvelles richesses. Tout simplement parce que, globalement, grâce au progrès technique accumulé au fil des millénaires, l’humanité peut produire en un jour de travail bien plus que ce qui lui est nécessaire pour vivre et se reproduire. Le mécanisme de l’exploitation de l’homme par l’homme repose sur l’accaparement, par une minorité, de ce surtravail, de toutes ces nouvelles richesses qui ne sont pas consommées par leurs producteurs.
 
C’est le fondement même du salariat. Toute les marchandises produites par les salariés d’une entreprise sont la propriété de son patron. Le salaire qu’il verse à ces salariés en échange de leur travail ne couvre que ce qui leur permet de vivre, de plus en plus difficilement d’ailleurs. Par contre, l’ensemble de la valeur ajoutée par ce travail est sa propriété. C’est de la différence entre cette valeur ajoutée et les salaires qu’il a versé, la plus-value, qu’il tire son profit... a condition qu’il trouve acquéreur pour ses marchandises, et à un prix suffisant.
 
Voilà où est la première injustice, fondamentale, dans la répartition de richesses au sein du système capitaliste.
 
Ce mécanisme élémentaire d’extorsion des richesses que constitue le salariat est indissociablement lié au système financier. Les intérêts que les banquiers perçoivent pour avoir avancé à l’industriel les capitaux nécessaires au fonctionnement de sa production sont une part des profits tirés de l’exploitation des travailleurs de l’entreprise. Mais cet accaparement du produit du travail par le système financier ne se limite pas à l’extorsion de la plus-value produite dans les usines par le biais des intérêts des investissements industriels ou des dividendes des actions. Une autre part est prélevée par l’État sur les salaires par le biais de l’impôt et d’innombrables taxes, pour être redistribuée aux banques sous la forme des intérêts de la dette publique. Et c’est ce même processus qui permet également de ponctionner les autres catégories de travailleurs, non salariés.
 
Les flux de capitaux ne sont, de fait, que les flux des richesses, captées dans tous les recoins de l’économie, partout où des femmes et des hommes travaillent, gonflés par une spéculation effrénée qui est elle-même la conséquence de la concurrence que se livrent les capitalistes pour s’approprier la plus grande part possible des richesses produites, en les jouant sur le casino financier mondial.
 
« Tout ce qu’ils ont, ils l’ont volé... »
 
Mais cette fuite en avant dans la recherche du profit exacerbe en même temps les contradictions, dont la crise commencée en 2007 avec l’effondrement du secteur de l’immobilier américain est le produit direct. Toutes les mesures prises par les gouvernements pour y répondre n’ont fait que reculer les échéances, préparer de nouvelles purges.
 
Telle celle de la bulle spéculative de la dette européenne, publique mais aussi privée, qui a commencé il y a quelques semaines. Cette purge se produit sous la forme d’un effondrement progressif des capitalisations boursières, et va certainement se traduire par la restructuration forcée de la dette de certains pays avant que leur faillite ne produise un effet domino.
 
Les capitalistes eux-mêmes reconnaissent ainsi qu’ils n’échapperont pas, pour sauver ce qui peut l’être, à une annulation plus ou moins partielle de ces dettes. Mais ils comptent bien le faire à leur façon, en faisant payer le prix fort aux populations.
 
Face à cela, ces dernières n’ont pas d’autre solution que d’imposer leur propre vision de la restructuration de ces dettes : refuser d’en payer plus longtemps les intérêts, exiger l’annulation pure et simple de la dette.
 
Certains, comme au sein de la CGT par exemple, contestent cette exigence de l’annulation de la dette publique en disant que cela voudrait dire priver les collectivités locales, les services publics comme les hôpitaux, de l’argent qui leur est nécessaire pour fonctionner... Mais annuler la dette contractée auprès des banques ne veut en aucune façon dire qu’il faudrait mettre fin à tout système de crédit, d’avance d’argent aux caisses de l’État, des collectivités locales, des services et des entreprises, qu’ils soient publics ou privés. Et c’est bien pourquoi l’annulation de la dette doit nécessairement s’accompagner de la mise en place d’un service bancaire public, placé sous le contrôle démocratique des travailleurs et de la population, assurant le financement du fonctionnement de l’économie.
 
En exigeant l’annulation de la dette publique, il ne s’agit en aucune façon de demander la suppression de tout mécanisme de crédit, d’avance d’argent pour fonctionner en attendant les recettes futures. Il s’agit de déclarer qu’il est plus que temps, qu’il est même devenu vital pour l’ensemble de la société d’arrêter de verser aux banques de l’argent que nous ne leurs devons pas : tout l’argent qu’elles prêtent à la collectivité, toutes les richesses qu’elles accumulent et dilapident dans leurs jeux spéculatifs sont le fruit de notre travail collectif.
 
Exproprier les banquiers et placer les banques sous le contrôle démocratique de leurs travailleurs et de la population dans le cadre d’un pôle bancaire public n’est qu’une juste réappropriation collective du produit du travail humain.
 
Une telle perspective n’a rien d’une utopie.
 
Tout d’abord, il fut un temps, pas si lointain, où le financement de l’État était assuré par la Banque centrale, avec des taux d’intérêts très faibles, voire nuls. Et c’était l’État qui fournissait alors aux services publics les moyens de leur fonctionnement, sans qu’ils aient besoin de recourir à des emprunts. Le monopole actuel des banques privées sur l’ensemble du crédit est le résultat de choix politiques délibérés, pas de « lois économiques » immanentes.
 
Par ailleurs, le fonctionnement des banques repose entièrement sur le travail de leurs salariés. Ce sont eux qui assurent le contrôle de la circulation des capitaux, au service des décisions des grands actionnaires qui dirigent les banques. Ils ont donc collectivement entre les mains les moyens de faire tourner les banques au service de la collectivité, pour assurer le financement de tout ce qui est utile à la satisfaction des besoins de la population.
 
La question n’est pas technique, elle est politique, démocratique : qui décide de l’utilisation des richesses sociales accumulées dans les capitaux financiers ?
 
Conquérir la démocratie, construire un gouvernement démocratique des travailleurs
 
Placer le système financier sous le contrôle démocratique des travailleurs et de la population, c’est mettre un terme à la spirale infernale qui conduit la société à la ruine, mais aussi dégager les moyens financiers de satisfaire les besoins élémentaires de la population. Exiger la satisfaction des besoins immédiats, refuser de payer la crise, sont indissociablement liées à la lutte pour la prise de contrôle de la finance. C’est bien pourquoi aujourd’hui le mouvement syndical est paralysé. La défense des intérêts immédiats des salariés, salaires, emploi, services publics est indissociable de la remise en cause de la domination des banques. Elle ne peut se poser sur le seul terrain syndical, social, elle est une question politique, la question politique centrale.
 
Une question indissociablement liée également au contrôle démocratique de la société.
 
Un tel contrôle démocratique ne peut bien évidemment pas passer par un gouvernement de la gauche libérale, qui se prépare à l’alternance, c’est-à-dire à poursuivre, avec quelques nuances, la même politique. Mais il serait également illusoire de penser qu’une « révolution par les urnes », comme le prétend Mélenchon, suffirait à donner à un « gouvernement vraiment de gauche » les moyens politiques d’apporter les changements fondamentaux qu’exige la situation.
 
Seul un mouvement profond de contestation politique, dans le prolongement du mouvement des indignés, de la révolte du peuple grec, à l’instar des révolutions arabes, en sera capable. Un mouvement qui, dans son développement, posera la question du pouvoir dans la perspective de l’instauration d’un gouvernement s’appuyant sur toutes les organisations du mouvement ouvrier qui entendent mettre un coup d’arrêt à la politique des responsables de la crise. Un gouvernement qui s’appuie sur l’organisation collective, démocratique, coordonnée des travailleurs pour imposer leurs droits et leur propre réponse à la crise, en premier lieu la nationalisation des banques dans le cadre d’un service public financier, sous le contrôle des salariés des banques et de l’État.
 
Daniel Minvielle