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Des « pères fondateurs » à la crise, l’échec de l’Europe capitaliste, terrain pour l’émergence d’une Europe des travailleurs et des peuples

 

La crise financière partie des Etats-Unis en septembre 2008 s’est propagée et développée en crise économique et sociale dans l’ensemble du monde à une vitesse foudroyante. La récession frappe aujourd’hui l’Union européenne avec plus de violence que les Etats-Unis.
 
Bien conscients de cette expression de leur faillite politique, les partis qui alternent ou cohabitent au pouvoir depuis 25 ans cherchent par tous les moyens à masquer leur bilan et à se dédouaner de leurs responsabilités. L’UMP en campagne veut « une Europe qui protège », mais c’est pour l’avenir, et Sarkozy à Nîmes, le 5 mai dernier, a écarté toute discussion sur son bilan et celui du gouvernement.
 
Harlem Désir, pour le Parti socialiste, dénonce « une Europe qui manque, une Europe défaillante » et désigne les « responsables », « ceux qui sont majoritaires dans les institutions européennes », oubliant que le PSE est la plupart du temps main dans la main avec le PPE au Parlement européen et qu’en Allemagne, CDU et SPD ont formé un gouvernement de coalition.
 
Or cette crise, c’est bien la politique des classes dirigeantes dont ils sont les représentants qui en est responsable et c’est peu dire que la construction européenne n’a en rien protégé nos économies. Elle est au contraire au cœur de la crise, en tant qu’instrument de l’offensive contre les droits des travailleurs et des peuples qui a exacerbé les contradictions du système capitaliste : surabondance de capitaux dégagés par l’augmentation des profits tirés de la surexploitation d’un côté, réduction des capacités de consommation à cause des licenciements et de la baisse du coût du travail de l’autre.
 
Dans son discours à Nîmes, Sarkozy a fustigé « L'Europe de l’impuissance […] qui n'exprime aucune volonté, qui ne fait pas de politique et qui, par conséquent, sert de variable d'ajustement à toutes les politiques du monde ». On connaît l’argument, il nous a été servi suffisamment souvent par les tenants du Oui au TCE en 2005, par la droite comme par le PS : la constitution, loin d’être l’expression juridique de la mondialisation libérale, devait ouvrir au contraire, en renforçant les institutions européennes, des possibilités de maîtriser celle-ci et de lui faire contre-poids. Avec quelle hypocrisie ceux qui ont mis en œuvre, consciemment, systématiquement, toutes les mesures de déréglementation financière, fiscale et sociale depuis 25 ans, peuvent-ils prétendre aujourd’hui que la situation créée par ces politiques ne serait que le résultat d’une mondialisation qui leur échappe totalement, d’un processus quasi-inconscient qui se serait imposé contre leur volonté !
 
Mensonge aussi que cette fable de l’Europe des Pères fondateurs, à laquelle Sarkozy oppose l’Europe de l’impuissance : « C'était l'Europe qui avait décidé de ne plus se faire la guerre à elle-même, de ne plus s'autodétruire, c'était l'Europe qui avait décidé de ne plus assassiner sa jeunesse dans la boue répugnante des tranchées, l'Europe qui avait tiré les leçons d'une histoire tragique. […] L’Europe des pères fondateurs c’est l'Europe qui a cherché son salut dans l'action, l'Europe qui a fait le pari insensé, et qui l'a gagné, qu'après les deux guerres les plus meurtrières de l'Histoire, en travaillant ensemble les peuples qui se haïssaient apprendraient à mieux se comprendre, à mieux se respecter et, peut-être, à s'aimer. »
 
A entendre Sarkozy, ce serait les peuples européens qui seraient responsables des deux guerres mondiales tandis que leurs classes dirigeantes, elles, auraient œuvré, dans une volonté de paix, après la deuxième guerre mondiale, à la construction européenne.
 
La réalité est toute autre. Les prétendus choix idéologiques ou volontés politiques des classes dirigeantes ne servent qu’à habiller les véritables mobiles de leur politique, leurs intérêts de classe, en fonction, à chaque époque, du rapport de force avec les classes exploitées et avec leurs rivales à l’échelle internationale. 
 
 
L’Europe de l’offensive libérale dans la continuité de l’Europe des Pères fondateurs
  
1) Une coopération économique imposée aux bourgeoisies européennes par l’hégémonie de l’impérialisme américain
 
C’est seulement parce qu’elles ont été comme pacifiées par l’hégémonie de l’impérialisme américain, à la fin de la deuxième guerre mondiale, que les bourgeoisies européennes se sont engagées dans la construction européenne.
 
Toute leur histoire, qui a été en même temps l’histoire du monde moderne, avait été marquée par leurs rivalités, une lutte féroce pour se partager le monde qui déboucha par deux fois sur une guerre généralisée.
 
C’est seulement à la fin de la deuxième guerre mondiale, lorsqu’une nouvelle guerre les opposant fut devenue impossible, que les puissances européennes établirent entre elles une certaine forme de coopération économique.
 
Dans un premier temps sous l’impulsion directe des Etats-Unis, dont l’économie ne pouvait fonctionner à plein que si l’économie européenne, ruinée et dévastée par la guerre, redémarrait. Ce fut, en 1947, le plan Marshall. Les Etats-Unis qui déversèrent en Europe des millions de dollars  refusèrent de négocier Etat par Etat. Ils exigèrent que tous les pays européens se concertent pour définir leurs besoins, établir un « programme commun de relèvement » et assurer la stabilité de leurs monnaies. Dans le même temps, ils enrôlèrent ces Etats dans l’OTAN pour contrebalancer l’influence de l’URSS qui contrôlait alors toute l’Europe de l’Est.
 
Les Etats-Unis avaient tout intérêt à cette coopération entre pays européens. Il était indispensable que les pays européens ne soient pas fermés les uns aux autres pour que leurs capitaux et marchandises puissent y évoluer librement.
 
Ils pratiquèrent d’ailleurs cette politique à l’échelle du monde entier, créant à la même époque l’ONU, le FMI, la Banque Mondiale et le GATT, l’ancêtre de l’OMC. Ils souhaitaient imposer, sur la base du nouveau rapport de forces issu de la guerre, un retour au libre-échange qui leur permettrait de s’ouvrir les marchés des puissances européennes et de mettre fin aux chasses gardées constituées par les Empires coloniaux.
 
Dix ans plus tard, en 1957, les Etats de six pays européens établirent par le Traité de Rome, l’union douanière qu’était le Marché Commun. Cette coopération était d’autant plus nécessaire que la révolte des peuples était en train de mettre fin à cette manne que représentaient pour les bourgeoisies les marchés protégés de leurs colonies. Il fallait assurer à leurs économies, bien incapables de concurrencer la puissante économie américaine, un marché privilégié.
 
Or celui-ci était encore hérissé de barrières douanières, chaque pays taxant lourdement les importations (45 % sur les matières premières et 20 % sur les produits finis, en France, 15 % sur les produits finis et 60 % sur les matières premières, en Allemagne, par exemple).
 
Le Traité de Rome, signé par la France, l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, les Pays Bas et l’Italie, qui instituait la CEE, Communauté Economique Européenne, prévoyait la disparition progressive, sur 12 ans, des tarifs douaniers entre membres de la CEE et la mise en place d’un tarif douanier commun vis-à-vis de l’extérieur.
 
Pendant cette période, la croissance des profits avait été assurée essentiellement par la croissance de la production due aux immenses besoins et marchés créés par les destructions de la seconde guerre mondiale.
 
C’est avec l’aide de leurs Etats que les bourgeoisies européennes avaient d’abord reconstruit puis modernisé leurs infrastructures et leur industrie pour les rendre plus compétitives. Dans tous les pays, les Etats leur offrirent subventions et marchés protégés. Ils favorisèrent une concentration poussée du capital qui donna naissance dans les grands secteurs de l’industrie à deux ou trois grands trusts nationaux.
 
De 1961 à 1971 la productivité progressa en Europe de deux tiers dans l’industrie et de 100 % dans l’agriculture. La production et le marché des biens de consommation tels que machines à laver, voitures, téléviseurs connurent un véritable boom.
 
Le marché commun, en ouvrant les pays d’Europe les uns aux autres s’ouvrait également aux marchandises et aux capitaux américains. Les investissements en provenance des Etats-Unis furent multipliés par 4 entre 1958 et 1966 et le nombre des filiales américaines passa de 1 200 en 1957 à 4 000 en 1966.
 
Les échanges à l’intérieur de la communauté, furent multipliés par 6 entre 1958 et 1972 alors que ceux avec les pays extérieurs ne l’étaient que par 2,5. Les Six réalisaient entre eux le tiers de leur commerce extérieur en 1958, et plus de la moitié en 1970.
 
Au point que les droits de douanes furent complètement supprimés au premier juillet 1968.
 
 
2) L’acte unique dans le cadre des accords du Gatt : les débuts de l’offensive de la mondialisation capitaliste et libérale
 
Cependant, la construction européenne, bien que s’élargissant à six nouveaux Etats (Royaume-Uni, Irlande et Danemark en 1973, Grèce en 1981, Espagne et Portugal en 1986), ne dépassa pas le stade d’une union douanière jusqu’au milieu des années 80.
 
Contraintes à la coopération économique, les bourgeoisies européennes n’en restaient pas moins rivales. Cette contradiction entre les besoins liés à l’internationalisation de l’économie et le maintien des frontières et des Etats nationaux en tant qu’instruments des différentes bourgeoisies pour assurer leurs privilèges, a marqué toute l’histoire de la construction européenne.  
 
Mais celle-ci connut une nouvelle impulsion sous la pression du mouvement global de la mondialisation capitaliste.
 
Depuis la fin des années 1960, l’économie capitaliste était entrée dans une phase de déclin, provoquée par la saturation progressive des marchés et la baisse du taux de profit.
 
A partir des années 1980, dans tous les pays impérialistes, les groupes capitalistes, aidés par leurs gouvernements, se lancèrent dans une offensive ouverte contre la classe ouvrière. Reagan et Thatcher donnèrent le coup d’envoi de cette politique, bientôt suivis de Mitterrand.
 
La rentabilisation des grosses entreprises par l’injection de subventions et par les restructurations, après l’élimination de celles qui étaient incapables de faire face à la concurrence, permit la relance des profits. Mais ces profits ne furent pas réinvestis dans la production, ou seulement dans une faible mesure. Ils s’investirent en priorité sur les marchés financiers, alimentant la flambée des Bourses. Ces spéculations rendaient d’autant plus vitale la nécessité d’un accroissement incessant des profits tirés de la production par l’aggravation de l’exploitation et la rentabilisation forcenée de toutes les capacités productives par leur restructuration et leur concentration à l’échelle mondiale.
 
C’est pour répondre à ces besoins des trusts que l’ouverture des frontières, qui avait piétiné dans les années 70, s’accéléra à partir de 1986. Les 12 membres de la Communauté Européenne signèrent  cette année-là l’Acte Unique par lequel ils s’engageaient à établir à la date du 31 décembre 1992 un « grand marché unique, un espace, sans frontières intérieures, dans lequel doit être assurée la libre circulation des marchandises, des personnes, des services et des capitaux».
 
Cet accord s’inscrivait, bien que formellement indépendant, dans le nouveau cycle de négociations du GATT, baptisé Uruguay Round, engagé à cette date sous la houlette des Etats-unis, et qui se conclut 7 ans plus tard, en 1993, par la signature d’accords décrétant la libéralisation complète de tous les marchés de matières premières et de biens manufacturés, des capitaux, ainsi que la disparition des monopoles publics et l’ouverture des marchés publics à la concurrence étrangère.
 
En 1990, fut mise en application la libéralisation complète des marchés financiers et du mouvement des capitaux, permettant à n’importe quel capitaliste ou société d’investir sur n’importe quelle place financière du monde, 24 heures sur 24, sans aucune limitation. Cette liberté complète donnée à tous les détenteurs de
 
capitaux conduisit à une accélération faramineuse de leurs déplacements sur les marchés financiers en vue de spéculations boursières et monétaires. Elle permit également que s’opèrent à l’échelle de la planète entière les restructurations des trusts, leur concentration par achats, fusions et OPA. 90 % des investissements directs extérieurs y furent consacrés de 1986 à 1991.
 
 
3) La création de l’euro, une monnaie unique sans Etat, expression de la contradiction insoluble de la construction européenne
 
Avec la création de l’euro, décidée à Maastricht en 1992, les bourgeoisies européennes essayèrent d’apporter une solution à un problème devenu désormais crucial: la coexistence sur un même marché de plusieurs monnaies nationales.
 
A travers le problème de la monnaie, s’exprime cette contradiction fondamentale du capitalisme, entre le développement international de la division du travail, de la production et des échanges, et les barrières nationales, les frontières et les Etats nationaux. Le pouvoir d’émettre sa propre monnaie est un des privilèges auquel les Etats nationaux sont le plus attachés. Ils se servent de celle-ci pour soutenir leur bourgeoisie dans la concurrence qui les oppose aux autres et transférer sur leur population, par exemple par l’inflation, les frais engendrés par leur politique de subventions à leurs capitalistes.
 
Tant que l’économie était en phase d’expansion, la coexistence de plusieurs monnaies nationales sur le même marché de la CEE, comme d’ailleurs sur le marché mondial, ne posait pas de trop gros problèmes parce que leur valeur était relativement stable. Le système monétaire international était basé sur le dollar dont la stabilité était assurée par sa convertibilité en or, et les capitaux étant essentiellement destinés aux investissements productifs, il n’y avait pas, ou quasiment pas de spéculation monétaire pouvant faire varier brutalement la valeur des monnaies.
 
En 1971, la crise du dollar mit fin au système monétaire international existant depuis 1945. Les Etats-Unis avaient eu recours à grande échelle à la planche à billets pour financer leurs dépenses de guerre en Corée et au Vietnam. Le dollar déprécié cessant d’inspirer confiance, ils furent contraints de mettre fin à sa convertibilité en or. Le dollar se mit à flotter, de même que toutes les autres monnaies du monde.
 
Au début des années 90, la libéralisation des marchés de capitaux aggrava tous les déséquilibres. Les marchés nationaux, jusqu’alors réglementés, s’ouvrirent à la concurrence des investisseurs mondiaux privés et publics, fonds de retraites, assurances, trésors publics, multinationales, qui prêtent, empruntent, spéculent sans entraves sur toutes les places financières mondiales, 24 heures sur 24. Les mouvements de capitaux explosèrent, atteignant des sommes colossales : 1 000 milliards de dollars par jour, 50 fois plus que la valeur du commerce international des biens et services.
 
De fortes spéculations agitèrent les marchés monétaires. Les risques qu’elles faisaient dès lors courir à l’économie devinrent si graves que les Etats des pays européens ne pouvaient pas ne pas tenter de les empêcher, en particulier dans le domaine géographique qui constituait leur marché essentiel (les deux tiers des échanges extérieurs des pays de la future zone euro s’effectuent à l’intérieur de cette zone).
 
C’est pourquoi ils s’engagèrent dans la création de l’euro. En 1992 à Maastricht, les Douze Etats de l’Union Européenne, fixèrent les conditions de la naissance d’une union économique et monétaire.
 
Les critères de Maastricht – entre autres, la limitation des déficits publics à 3 % du revenu national, la limitation de la dette des Etats à moins de 60 % du PIB, et du taux d'inflation à 1,5 %- sont une tentative de résoudre le problème essentiel posé par la création d’une monnaie unique à plusieurs pays, ayant chacun leur Etat et leur économie, qui forment un ensemble hétérogène, avec de profondes inégalités, beaucoup plus importantes que celles existant au sein de chaque pays entre plusieurs régions.
 
En mettant en place l’euro, les gouvernements européens voulaient faire en sorte que le marché européen devienne en quelque sorte un marché intérieur, protégé des vicissitudes des fluctuations monétaires, comme c’est le cas par exemple aux Etats-Unis dont le marché intérieur constitue le marché essentiel pour les trusts américains.
 
Mais là s’arrête la comparaison. Il y a un problème de taille en effet dans la création d’une monnaie unique en Europe. C’est l’absence de l’Etat européen qui pourrait en assurer la stabilité.
 
Les représentants de la bourgeoisie en sont bien conscients, c’est un des problèmes qu’ils se posent, depuis la naissance du Marché Commun, au-delà de leur propagande de politiciens soucieux d’essayer de faire croire à la population que ce sont de grands et nobles objectifs qui déterminent leurs choix politiques. Les Etats-Unis doivent leur puissance avant tout au fait que leur économie s’est développée à l’échelle d’un continent dans le cadre d’un seul Etat national. Seule une unification politique de l’Europe, la constitution d’un Etat, d’une fédération, d’Etats-Unis d’Europe, pourrait faire pièce à cette puissance.
 
Or, l’Union Européenne - combien de fois les politiciens ou la presse l’ont-ils déploré - n’est même pas capable de parler d’une seule voix sur la scène internationale car chaque Etat continue à défendre avant tout les intérêts de sa bourgeoisie nationale, de ses trusts.
 
La seule politique réellement commune à tous les gouvernements d’Europe, c’est cette volonté de s’en prendre aux classes ouvrières, consignée par écrit dans les traités de Maastricht, d’Amsterdam ou de Lisbonne.
 
 
La crise actuelle, aboutissement de vingt ans d’offensive libérale contre les droits des travailleurs et des peuples…
 
Depuis les vingt dernières années, il ne s’est agi pour la bourgeoisie, ou du moins, sa fraction la plus puissante et la plus riche, l’oligarchie financière, celle des trusts, des banques, des fonds d’investissements, que de faciliter son pillage, de s’ouvrir un champ d’action plus vaste, de soumettre à leur mainmise le moindre recoin de la vie sociale pour y parasiter les richesses créées par le travail collectif.
 
Les trusts et leurs Etats n’ont cessé de reprendre aux travailleurs et aux peuples toutes les concessions qu’ils avaient dû leur faire sous la pression de leurs luttes et dans le cadre des rapports internationaux tels qu’ils avaient été configurés par les vagues révolutionnaires du vingtième siècle.
 
D’une certaine manière, s’est réalisé le souhait qu’exprimait, au moment du lancement de l’euro, le journal économique Business Week : « La monnaie unique va probablement déclencher un processus de marché irréversible qui balaiera les structures si chères à la vieille Europe : banques et entreprises d’Etat, rigidité de la main d’oeuvre, retraites généreuses. A leur place, pourrait émerger une économie très compétitive ».
 
Ce soi-disant processus, en réalité une violente offensive, a été couronné de succès, comme partout ailleurs dans le monde. C’est ce succès qui a précipité la crise.
 
Dans cette situation, et à l’encontre de tous ceux qui laissent entendre, comme l’ont fait les dirigeants de l’UMP mais aussi du PS après le G20, qu’il pourrait y avoir une communauté d’intérêts entre les populations et les gouvernements et leurs commanditaires patronaux, la seule question qui se pose est : qui va faire les frais de la crise, des travailleurs, des populations ou de l’oligarchie financière qui en est responsable ?
 
Le combat pour un plan d’urgence sociale et démocratique à l’échelle européenne est à l’ordre du jour. Il ne peut se mener qu’en rupture avec cette Europe de la finance et des trusts, dans la perspective d’une Europe des travailleurs et des peuples, d’Etats-Unis socialistes d’Europe.
 
Car c’est bien à l’échelle européenne que les peuples pourront apporter une réponse à la crise.
 
Les réponses que les autorités européennes prétendent apporter à la crise sont l’illustration des contradictions dans lesquelles elles sont empêtrées. Les Etats de l’UE sont incapables d’adopter une politique réellement commune, le budget européen dont ils disposent est d’ailleurs dérisoire, mais c’est la même politique qui est mise en œuvre par tous les Etats nationaux, renflouer à fonds perdus ceux-là mêmes qui sont responsables de la crise et faire payer cette crise à la population, aux travailleurs qui n’y ont aucune responsabilité. Leur Europe est incapable d’être autre chose qu’une entente contre les peuples de bourgeoisies soucieuses de leurs intérêts nationaux et de leurs prérogatives.
 
La crise à son tour ne peut qu’accentuer les contradictions de la construction européenne. Elle a déjà provoqué la faillite de quelques-uns des Etats les plus faibles et entraîné la chute de plusieurs gouvernements. Elle ouvre une période de crises sociales et politiques, de convulsions qui peuvent tout aussi bien faire éclater la monnaie unique ou l’Union européenne elle-même.
 
 
Vers les Etats-Unis socialistes d’Europe
 
La seule Europe possible, c’est celle des travailleurs. Seule, la classe ouvrière, parce qu’elle n’a aucun privilège, aucune propriété à défendre, a intérêt à l’abolition des frontières. Il faut seulement qu’elle ait conscience de sa force et de ses possibilités.
 
Dans les années 30, le mot d’ordre des révolutionnaires par rapport à l’Europe était les « Etats-Unis socialistes d’Europe ». C’était une proclamation opposée à la guerre impérialiste et condamnant les rivalités nationales, la seule perspective pouvant empêcher la guerre, à une époque où les impérialismes européens pouvaient encore jeter leurs peuples les uns contre les autres.
 
Cette époque est révolue.
 
Une guerre entre la France et l’Allemagne est désormais impossible, tant l’interpénétration de leurs relations économiques a développé la conscience d’appartenir à une même unité territoriale, tant, également, la barbarie des deux guerres mondiales a suscité d’aversion. Dans cet intervalle de cinquante années, ont mûri les conditions économiques et sociales qui font de ce mot d’ordre des Etats-unis socialistes d’Europe, un objectif réellement à la portée des classes ouvrières.
 
Depuis la fin des années 50, l’interdépendance des pays d’Europe et enparticulier de la France et de l’Allemagne a resserré les liens existant entre leurs peuples. Les frontières déjà dépassées à l’échelle mondiale le sont d’autant plus à l’échelle d’un continent. Les progrès techniques dans le domaine des transports et des communications ont réduit les obstacles géographiques qui pourraient s’opposer à ce que des peuples fasse partie d’un même territoire unifié politiquement. L’organisation de l’économie, de la production, la division du travail qui s’opère à l’échelle internationale, les moyens déjà utilisés par des trusts qui planifient leur production à l’échelle de continents entiers, constituent d’ores et déjà les bases sur lesquelles pourrait se construire l’économie des Etats-Unis socialistes d’Europe. C’est d’ailleurs déjà le cas pour l’ensemble du monde.
 
Il n’y a d’ores et déjà plus d’obstacles techniques à l’organisation rationnelle de la production pour satisfaire les besoins des hommes, au contrôle de l’ensemble de l’économie par toute la population. Le seul obstacle tient à l’organisation de la société, à sa division en classes, à la domination bourgeoise, qui trouvent leur prolongement dans l’existence d’Etats nationaux. Avec la mise en place de l’euro et l’ouverture des frontières dans tous les secteurs de l’économie, ce n’est plus seulement la fraction de la classe ouvrière qui travaille dans les trusts qui a pu en quelque sorte toucher du doigt cette réalité, c’est l’ensemble du monde du travail et de la population, tant l’ensemble de la vie sociale est marqué par la pénétration croissante dans tous les pays d’Europe des mêmes banques, assurances, compagnies de téléphones, d’électricité…
 
La contradiction entre le progrès que constitue cette interpénétration, etl’arriération sociale qu’est l’exploitation capitaliste qui empêche une libre coopération des peuples, apparaît clairement.
 
La bourgeoisie a mis en place les éléments qui facilitent cette prise de conscience. Avec l’euro, la Banque Centrale Européenne, la convergence des politiques économiques dans chaque pays, elle travaille elle-même, bien malgré elle, à l’unification de la révolte contre son ordre social, qui ne peut plus masquer sa nature réelle de dictature du capital financier.
 
La prochaine étape, qui est devant nous, et qui mènera à la réalisation du mot d’ordre des Etats-Unis socialistes d’Europe, c’est celle de la convergence des luttes ouvrières, à l’échelle européenne, de l’émergence à travers les combats qui se mèneront contre les conséquences sociales désastreuses d’une politique concertée à cette échelle entre les trusts, de la conscience non seulement d’appartenir à une seule classe ouvrière, mais de représenter le seul avenir pour l’ensemble des populations d’Europe. Cette étape elle-même s’inscrit dans une évolution plus large, celle de la transformation de la société à l’échelle de la planète.
 
Galia Trépère