Marine Le Pen se nourrit de la démagogie du populisme de droite et de l’impasse du libéralisme de gauche

A peine élue pour succéder à son père à la tête du Front national, Marine Le Pen a affiché ses ambitions pour elle-même et son parti, « la conquête du pouvoir ». « Le Front national que je présiderai sera un parti renouvelé, ouvert et efficace », « Je me fixe dès à présent pour objectif d’en faire avec vous l’instrument puissant, le plus efficace et le plus performant qui soit dans notre stratégie de conquête du pouvoir. » a-t-elle asséné de façon martiale, revêtue pour l'occasion d'une veste façon officier.
 
En se faisant élire, alors que son père, depuis 38 ans, s'était fait proclamer chef du parti par acclamation, Marine Le Pen tenait non seulement à asseoir sa légitimité de façon incontestable, avec plus de deux tiers des voix, face à son adversaire Gollnisch, mais elle tenait à afficher, en jouant le jeu de la démocratie et de la transparence, qu'une page était tournée pour l'ancien parti d'extrême droite.
 
De là à désavouer les brutalités de son service d'ordre qui a molesté violemment un journaliste de France 24 ou les propos antisémites que son père s'est plu à lâcher à cette occasion, il y a une marge. Marine Le Pen s'est contentée de concéder que « oui, c'était maladroit », ajoutant à l'adresse du journaliste qui insistait : « Vous allez finir par regretter Jean-Marie Le Pen », façon d'affirmer que l'époque de l'extrême droite antisémite et pétainiste était révolue, sans pour autant renier son héritage fascisant et nauséabond auquel tient une partie de l'appareil du FN, dont 45% des membres ont voté pour Gollnisch.
 
Le Front national, sa propagande raciste et réactionnaire, le poids dont il pèse sur la scène politique représentent un danger majeur pour le monde du travail, il distille un venin raciste et réactionnaire qui vise à diviser les classes populaires et pourrait demain utiliser la violence contre les militants ouvriers et les militants de gauche en appui de l’État. C'est contre cette menace, contre le poison des idées d'extrême droite qu'était organisée samedi, à Tours, où se tenait le congrès du FN, une manifestation des partis de gauche et d'associations des droits de l'homme à laquelle a participé le NPA. Cette initiative a pu avoir lieu malgré un déploiement policier impressionnant, mais son écho et le nombre de manifestants ont été faibles. Ce qui pose le problème de l'efficacité de ce genre de manifestations qui voudrait mobiliser l’indignation et la révolte contre un parti « pas comme les autres ». Il apparaît à beaucoup de jeunes, de militants, de salariés, que la première urgence est de combattre la politique réactionnaire d'ores et déjà mise en oeuvre par Sarkozy et le gouvernement, ses effets dévastateurs dont se nourrit le FN. N’est-ce pas en effet le moyen le plus efficace de combattre l'influence de l'extrême droite, qui est bien un parti qui aspire à aller au pouvoir pour défendre cette société pourrie, les riches et privilégiés, une droite un peu plus « décomplexée »encore ? Lutter contre la menace du FN et son influence, c’est lutter quotidiennement contre la politique des classes dominantes, contre la droite et l’adaptation de la gauche libérale, œuvrer à l’unité du monde du travail pour imposer les droits face à l'oligarchie financière qui secrète la réaction, faire vivre la démocratie et la solidarité entre tous les exploités.
 
Devenir un allié incontournable pour la droite
 
Lors de son discours qui clôturait le congrès, Marine Le Pen a défini sa stratégie pour la « conquête du pouvoir ». Une stratégie misant sur les élections, en particulier 2012. Renforcé par la politique sécuritaire et xénophobe mise en oeuvre par Sarkozy et ses ministres, les Hortefeux et autres Besson, le Front national compte, à la faveur des déceptions provoquées par l'échec de la démagogie populiste de Sarkozy, minée par la réalité d'une politique entièrement dévolue aux milliardaires et autres millionnaires du CAC40, non seulement récupérer la partie de son électorat traditionnel que Sarkozy avait réussi à débaucher en 2007, mais empiéter aussi sur l'électorat de droite, voire de gauche. En dénonçant la mondialisation, l'euro, les délocalisations, en même temps que l'immigration et « l'islamisation de la société », un racisme repeint aux couleurs d'une hypocrite laïcité républicaine.
 
« En pillant notre discours, Sarkozy nous a affaiblis, mais à moyen terme, c'est nous qui en sortirons renforcés : grâce à lui, nous avons, en grande partie, été dédiabolisés », avait dit Marine Le Pen après la présidentielle de 2007.Sentant son heure venue, elle se fait fort, bien qu'elle s'en défende aujourd'hui, d'imposer à tout ou partie de la droite, comme allié incontournable de futures combinaisons parlementaires voire gouvernementales, son parti relooké en grand parti d'une droite populaire républicaine. Comme l'avait fait en Italie l'Alliance nationale de Fini, issu de l'ancien parti néo-fasciste MSI.
 
La passation de pouvoir du père à la fille est l'occasion pour le FN de donner de lui-même une image plus respectable aux yeux de la bourgeoisie, d'en finir avec celle de cette extrême droite pétainiste et antisémite qui appartient à une époque révolue. Le Front national, a insisté Marine Le Pen dans son discours, « a montré qu'il était bien un grand parti politique républicain ». Elle a longuement développé l'idée d'une continuité de l'État français dans laquelle le FN tient à s'inscrire pour montrer à la droite et aux classes dirigeantes qu'il est un parti de gouvernement, comme d'autres.
 
L’objectif est de mettre en difficulté l'UMP pour maintenir le « cordon sanitaire » que la plupart de ses dirigeants invoquent pour refuser des alliances avec l'extrême droite. L'affichage de cet interdit moral est parfaitement hypocrite, tant il y a de ponts entre la droite dite classique et l'extrême droite, de transfuges de l'une à l'autre au gré des intérêts électoraux du moment. Les alliances avec le FN dans plusieurs conseils régionaux de droite en 1998 avaient certes provoqué des remous à droite, mais beaucoup plus par souci de ne pas donner l'aval à des rivaux et concurrents que parce que la droite et ses « valeurs » seraient imperméables aux idées d'extrême droite.
 
Le député UMP du Nord, Vanneste, par ailleurs au premier rang de la trentaine de députés de son parti qui ont apporté leur soutien, en même temps que le Pen et Chevènement, à Eric Zemmour, en procès pour «provocation à la haine raciale » et diffamation, n'a-t-il pas récemment proposé qu'il y ait des candidats communs UMP-FN aux législatives de 2012 ? D'autres qui se défendent de vouloir rompre le « cordon sanitaire », comme Mariani, Luca ou le chef de l'UMP, Copé, invitent la droite à être « décomplexée »tant sur les 35 heures ou l'emploi des fonctionnaires que sur l'immigration, le sécuritaire, la religion et la laïcité...
 
C'est dire si les perspectives envisagées par Marine Le Pen, sa stratégie, s’appuient sur de solides réalités politiques crées par le développement de la crise même si de part et d'autre, on se refuse à envisager ce cas de figure, pour préserver son électorat propre et obtenir le meilleur rapport de forces possible en 2012. Autre chose est que la bourgeoisie soit prête à accepter et financer ce genre d’aventure même si elle ne se prive d’utiliser le sale boulot de l’extrême droite pour affaiblir, diviser les classes populaires.
 
Démagogie contre la mondialisation, l'UE et l'euro, nationalisme, racisme et xénophobie
 
L'un des axes essentiels de la démagogie du FN à l'égard des couches populaires, c'est la dénonciation de l'euro, de l'UE, de la mondialisation. « Leur euro, qui devait nous apporter le bonheur, a sapé nos économies, détruit notre pouvoir d’achat et nous interdit  même de préserver l’emploi français […] La mondialisation identicide s’est transformée en horreur économique, en tsunami social, en Tchernobyl moral. L’utopie de la mondialisation heureuse a vécu ».  Marine Le Pense se réjouit que le Medef se soit démarqué de son plan de sortie de l'euro en 12 points. Cela montre « que le Front National n’est pas l’ami du CAC40 et qu’il combat la régression sociale promue par le Medef et infligée aux Français par ses alliés UMP et PS ». Elle dénonce la destruction des services publics et promet de relocaliser les usines de même que les productions agricoles, au nom de préoccupations écologistes sur lesquelles elle surfe aussi pour dénoncer le « consumérisme » et le règne de « l'argent-roi ».
 
Elle emprunte beaucoup à Sarkozy, sa démagogie qui dépasse les clivages gauche droite, citant elle aussi Jaurès, par exemple, tout en le dénonçant avec cette prétendue audace qui n'est que celle de la vulgarité, comme « un chef de clan, le gouverneur d'un protectorat américain, un candidat en campagne ou, même, comme on l'a vu, l'agent d'une chanteuse au succès déclinant »Elle promet à tous ceux qui ont cru en Sarkozy « d'édifier l'Etat irréprochable qui a été promis en 2007 ». UMP, PS, « l'UMPS », dit le FN, c'est la même chose, Strauss-Kahn ou Sarko, c'est « interchangeable ».
 
Ces attaques contre la mondialisation et la crise financière ne sont que pure démagogie et ne contestent en rien le système capitaliste. L'extrême droite cherche à dévoyer la révolte des couches populaires, née de la situation catastrophique créée par la politique des classes dirigeantes, sur le terrain du nationalisme et de son avatar, le racisme. « Patriotisme économique et patriotisme social »riment avec la haine des immigrés distillée dans les formules telles que celles-ci employée par Marine Le Pen dans son discours « La carte nationale d’identité a pris la forme d’une hideuse carte de crédit que les préfectures se plaisent à délivrer à qui la demande »ou « Beaucoup  de nos compatriotes n’hésitent plus à faire le terrible constat de n’être plus chez eux en France ».
 
Ce ramassis de préjugés arriérés et réactionnaires se masque aujourd'hui derrière une stigmatisation des musulmans au nom de la défense des principes de la République et d'une laïcité hypocrite, ces principes n'étant rien d'autre, a précisé Marine Le Pen dans son discours, que « les principes chrétiens sécularisés ». Le FN s'inscrit ainsi dans la continuité de la droite chrétienne fort peu laïque et par la même occasion dans l'offensive menée par l'impérialisme contre les peuples au nom de la lutte de l'occident et de la chrétienté contre l'islamisme. Face à cette propagande haineuse, nous affirmons la solidarité d'intérêt de tous les travailleurs, quelles que soient leurs origines ou leur religion.
 
Face à l'extrême droite, imposer les droits du monde du travail
 
Le combat contre l'extrême droite est indissociable du combat contre la droite et les classes dirigeantes. Le FN est l'enfant de leur politique réactionnaire. Alors que Le Pen n'atteignit même pas 1 % à l'élection présidentielle de 1974, le FN remporta 11 % des voix aux élections européennes en 1984, et près de 10 % aux législatives suivantes. Il a réalisé sa percée sur le terreau de la crise, du chômage de masse, alors que la gauche derrière Mitterrand, qui avait reçu du régime de Vichy la Francisque, mettait en oeuvre en France l'offensive initiée par Reagan et Thatcher. Les idées d'extrême droite progressèrent d'autant plus rapidement que les capitulations et les reniements des dirigeants de la gauche libérale laissaient le terrain aux idées réactionnaires.
 
Mais c'est bien la bourgeoisie elle-même, quels que soient ses serviteurs du moment, en premier lieu les partis de droite, qui ont flatté les préjugés racistes par leur politique anti-immigrée. Qu'on pense aux lois Pasqua contre l'immigration en 1986, aux déclarations de Chirac sur le bruit et les odeurs en 1991, jusqu'aux gouvernements Sarkozy et Hortefeux dont le populisme, la xénophobie d'État et la politique sécuritaire sont la mise en oeuvre de la politique prônée par l'extrême droite.
 
De la même façon qu'elles appuient leur offensive contre les droits sociaux des travailleurs par une offensive contre leurs droits démocratiques, les classes dirigeantes cherchent à diviser le monde du travail par le poison du racisme, quelle qu'en soit la forme.
 
Penser combattre le Front national, fruit de cette politique pourrie, comme s'il s'agissait d'un parti fondamentalement différent de ceux de droite, relève d'une incompréhension de la situation au moment où Sarkozy, après avoir joué le jeu de l'ouverture à gauche tout en mettant en oeuvre une politique qui n'a pas grand chose à envier à celle de l'extrême droite, a créé les conditions pour une alliance de la droite avec l'extrême droite.
 
Plus que jamais, le seul rempart efficace contre l'extrême droite, le seul moyen de soustraire les classes populaires à sa démagogie, est la lutte du monde du travail pour ses droits, pour mettre un coup d'arrêt à l'offensive de l'oligarchie financière et inverser le rapport de forces. Face à la crise qui apparaît de plus en plus clairement comme le résultat de la politique des classes dirigeantes, il s'agit d'affirmer la légitimité des droits des travailleurs, un programme pour les besoins fondamentaux de la population qui conteste la mainmise de l'oligarchie financière et son droit à diriger la société, un parti qui fasse vivre la perspective du socialisme. 
 
Galia Trépère