• warning: Illegal string offset 'files' in /mnt/web219/d0/93/52017993/htdocs/npa-dr_old/modules/upload/upload.module on line 273.
  • warning: Illegal string offset 'files' in /mnt/web219/d0/93/52017993/htdocs/npa-dr_old/modules/upload/upload.module on line 273.

Les premiers pas de la révolution

En quelques semaines la jeunesse et les classes populaires de Tunisie ont forcé l’admiration et la sympathie du monde entier, redonné une part de leur fierté à tous les exploités, en particulier ceux du Maghreb, redonné tout son sens au mot révolution, celui de démocratie et de liberté pour et par le peuple. La jeunesse, le peuple se sont dressés au risque, au prix de leur vie, pour défier le dictateur haï et sa mafia et ils l'ont contraint, par leur dignité, leur courage, leur force collective, à fuir avec son or pour l’Arabie saoudite.
 
C’est le geste accusateur du jeune Mohamed Bouazizi qui a provoqué le soulèvement. Jeune bachelier, vendeur ambulant de fruits et légumes, humilié par les brimades et les vols de la police et de la préfecture, il s’est immolé par le feu le 17 décembre. Son geste a en un instant concentré toutes les humiliations, les blessures, les révoltes accumulées sous les coups de la police, de l’administration et des voyous de Ben Ali. La révolte s’est étendue dans tout le pays malgré la répression, ses victimes sont devenues autant de martyrs de la lutte pour la liberté, contre la misère.
 
Aujourd’hui, tous ceux qui soutenaient la dictature saluent, toute honte bue, le peuple tunisien, appuient « la transition démocratique » pour soutenir le « gouvernement d'union nationale » de Ghannouchi qui n’a d’autre fonction que de sauver le régime après avoir été obligé de se débarrasser de Ben Ali devenu par trop gênant.
 
Le gouvernement français qui s’était empressé, par la bouche d’Alliot-Marie, de proposer son aide pour réprimer la révolte, n’a d’autre justification maintenant que de dire qu’il n’avait rien compris ! Aveuglement stupide et cynique du vieux pouvoir colonial qui n’a que mépris pour les peuples et ne voit pas plus loin que la défense immédiate et bornée des intérêts mercantiles de sa bourgeoisie et de ses hommes de main. Que dire aussi de cette internationale dite socialiste qui vient, le 17 janvier, d’exclure de ses rangs le RCD, Rassemblement Démocratique Constitutionnel, le parti de la mafia Ben Ali, qui jusqu’alors en était membre ! Que dire aussi de Strauss-Kahn acceptant d’être décoré et honoré par le dictateur et vantant les mérites du « miracle tunisien ». Les politiciens de ce pays ont décidément la palme de la bassesse, fidèles en cela à une vieille tradition nationale des classes dominantes.
 
Tous sont pris de panique devant le soulèvement populaire, son courage, sa dignité, qui, par delà les frontières, rayonnent sur les peuples du Maghreb et bien au-delà. Le mouvement a atteint dès la fin de 2010 l’Algérie où la jeunesse et la classe ouvrière se sont elles aussi soulevées contre le chômage et la misère, l’Egypte aussi.
 
La première victoire de la révolution du peuple tunisien nourrit tous les espoirs mais elle est aussi fragile. Elle affronte les milices du régime en agonie, ses forces armées, son parlement et le nouveau gouvernement. « Union nationale », disent les chefs de l’ancien régime qui tentent de se reconvertir en démocrates. Cette union nationale n’a d’autre fonction que de faire taire les opprimés, d’étouffer la révolte. Elle voudrait canaliser celle-ci, l'encadrer, la maîtriser dans le cadre des institutions en place qui ont garanti pendant 23 ans le pouvoir de Ben Ali.
 
Le soulèvement lui oppose l’union contre les voyous du régime qui pillent, sèment le chaos et la terreur, l’organisation dans les quartiers dans des comités d'auto-défense, pour défendre la révolution et la faire avancer.
 
C’est avec une sûre lucidité que le peuple refuse de se laisser confisquer sa révolution. Il a contraint deux partis d'opposition qui avaient accepté lundi d'intégrer le gouvernement chargé de canaliser la révolution sur les voies « constitutionnelles » à démissionner avant d’imposer à l'UGTT de demander à ses dirigeants devenus ministres de faire de même. Il exige la fin du RCD, le démantèlement de l’ancien régime, la confiscation des biens des voleurs organisés autour de Ben Ali, la libération de tous les prisonniers politiques, le droit de s’organiser, la liberté de la presse, des élections libres pour une assemblée constituante. Et déjà il a marqué de nouveaux points en obtenant l’amnistie de tous les prisonniers politiques et le début de la liquidation du RCD dont la direction a démissionné.
 
La liberté, les droits démocratiques élémentaires sont indispensable pour que les travailleurs, les pauvres, les sans-travail puissent librement s’organiser, en particulier sur le terrain politique, pour défendre leurs droits et préparer les nouveaux affrontements indispensables pour conquérir une réelle démocratie, c'est-à-dire le pouvoir direct du peuple, pour contrôler l’économie et la marche de la société, pour en finir avec toutes les injustices. Ces libertés et ces droits élémentaires, seule leur pression pourra les imposer, le développement de la révolution est entre leurs mains, il dépend de leur capacité à s’organiser sur les lieux de travail, dans les quartiers et les universités pour défendre leurs droits et faire vivre la révolution. 
 
Sa première victoire ne vise pas seulement l’instauration de la démocratie parlementaire à laquelle voudraient la réduire les tenants du capitalisme et du libéralisme. Elle pose la question sociale, celle de la lutte contre la misère, le chômage, celle de la répartition des richesses et de son contrôle par le peuple lui-même. Qu’est-ce que la démocratie si perdurent le chômage et la pauvreté ? L’enjeu de la révolution, c’est bien la conquête de la démocratie par et pour le peuple afin de contrôler la production et la répartition des richesses.
 
Les peuples ne s’y sont pas trompés qui accueillent avec enthousiasme le soulèvement tunisien. Son écho est d’autant plus large et profond qu’elle intervient au moment où, à l’échelle de la planète, dans bien des pays, dont ceux d’Europe, ici en France, les travailleurs entrent en lutte, se regroupent pour répondre aux coups des rapaces de la finance, des Etats qui les servent. Ce contexte lui donne tout son sens, sa portée par delà les frontières.
 
Il y a bien des raisons de penser que la révolution tunisienne participe d’un renouveau de la lutte des peuples, de la classe ouvrière à l’échelle internationale, les premiers pas d’une révolution, de la lutte pour la conquête de la démocratie, du pouvoir. Toutes les luttes se nourrissent les unes les autres, se renforcent réciproquement, travaillent à l’émergence d’une nouvelle conscience de classe internationaliste. Notre solidarité avec la révolution tunisienne en marche est bien ici de travailler au regroupement du monde du travail et de la jeunesse, de tous les travailleurs français ou immigrés pour combattre notre propre bourgeoisie impérialiste et son État qui ont apporté jusqu’à la fin leur soutien au dictateur déchu.
 
Yvan Lemaitre