En guise de rétrospective 2010, chronique du mouvement pour les retraites

 

L’année qui vient de s’écouler a été profondément marquée par le mouvement social contre la réforme des retraites de Woerth-Sarkozy. Face au premier acte du plan d’austérité de ce gouvernement des riches par les riches, des millions de travailleurs et de jeunes ont pris le chemin de la lutte, combattant une politique, menée dans tous les pays d’Europe, pour faire payer la crise des banques au monde du travail.
 
Sarkozy a fait passer sa loi, mais il en ressort politiquement affaibli. La révolte face à sa politique, la contestation de la légitimité du parlement, des institutions en général ont donné une vigueur aux idées de la lutte de classe, dans une période où est posée de façon nouvelle et concrète la question de qui dirige, qui décide, pour quels intérêts.
 
Faire vivre les acquis du mouvement de cet automne est essentiel, d’autant que le gouvernement tente de reprendre la main à travers un nouveau round de « dialogue social ». Bachelot vient ainsi d’ouvrir une « grande concertation nationale sur la dépendance des personnes âgées » dans le but clairement affiché de faire payer les salariés et les retraités à travers des assurances obligatoires, la hausse de la CSG et/ou une journée de travail supplémentaire en « solidarité », en faisant la part belle aux assurances privées, nouvelle attaque contre la Sécu…
 
Les directions des grandes confédérations s’apprêtent à repartir de « concertations » en « sommet social », sans contester la légitimité de ceux qui dirigent au profit d’une infime minorité. De même, sur le terrain politique, le jeu institutionnel pour l’alternance en 2012 reprend de plus belle. Et la farce Valls, faisant de la surenchère sur l’UMP pour « déverrouiller les 35h », ne fait que mettre en lumière la politique du PS et de ses alliés, partis de pouvoir aujourd’hui comme hier, au service du système et des classes dominantes.
 
Le mouvement sur les retraites a montré à quel point la politique du « dialogue social », comme celle des partis de la gauche gouvernementale aspirant à revenir aux affaires, sont une impasse pour les travailleurs. C’est bien sur le terrain de la lutte de classe, dans l’affrontement face au pouvoir et à sa politique que se décide le sort des classes populaires.
 
La question de quelle politique face à la crise est largement posée, se nourrissant des luttes qui se développent en Europe. A partir de la riche expérience issue du mouvement, un débat est engagé sur quel programme, quels objectifs pour ces luttes ? Comment contester le pouvoir de ceux qui dirigent et mènent la société à la catastrophe ?
 
C’est pour alimenter ce débat qu’il nous parait utile de revenir sur la chronique du mouvement sur les retraites à travers les différents articles écrits sur le sujet dans Débat Révolutionnaire, en revérifiant nos raisonnements au fur et à mesure des évènements. Ce sera notre rétrospective 2010.
 
Les articles sont classés par ordre chronologique à partir du mois de février 2010. Il suffit de cliquer à chaque fois sur le titre en gras pour ouvrir l’article en question.  
 
Lors du sommet social de février, Sarkozy annonce son calendrier sur la réforme des retraites en recherchant un « diagnostic partagé » avec les syndicats comme avec le PS qui, à l’image d’Aubry, parle d’allongement à « 61, 62 ans ». Mais la pression des travailleurs s’exerce juste avant les élections régionales. Sarkozy et la droite sont discrédités, la pression du monde du travail à l’œuvre…
 
Refusant d’appeler à un 3ème tour social, après la baffe électorale de la droite aux élections régionales, les directions syndicales continuent de s’inscrire dans le « dialogue social ». Sans perspective claire au mécontentement, la manifestation du 23 mars compte trois fois moins de monde que celle du 19 mars 2009, pour affirmer le refus de payer leur crise. Après les régionales et le 23 mars, formuler une politique pour les travailleurs
 
Jeu de dupes de la concertation avec les syndicats qui réclament un « vrai débat ». Woerth appelle à « un consensus » en particulier avec le PS qui parle de la « ligne rouge » des 60 ans… et d’allongement des annuités. Rompre le piège de la concertation pour combattre le chantage du gouvernement 
 
L’intersyndicale appelle au 1er mai sans autre perspective que celle de « l'interpellation commune en vue du sommet social » du 10 mai. Le gouvernement « consulte » à tours de bras, organisations syndicales et politiques qui se prêtent à cette mascarade. Sans politique pour la faire converger, la combativité s’exprime dans des grèves, à la SNCF ou dans le privé sur les salaires. 1er mai : solidarité internationale contre les prédateurs de la finance ! 
 
Un million de manifestants lors de la manifestation interprofessionnelle du 27 mai montrant que de nombreux salariés veulent se battre. Woerth continue de gagner du temps par ses concertations, tout en distillant son chantage dans l’opinion. L’appel de l’intersyndicale est vide de contenu : rien sur le nombre d’annuités, le montant des pensions et pas un mot sur l’abrogation des réformes Balladur ou Fillon de 1993 et 2003… Après le 27 mai
 
Après l’annonce des mesures de la contre-réforme le 16 juin, succès de la grève du 24 juin avec 2 millions de manifestants. La colère contre la réforme des retraites se nourrit de la crise Woerth-Bettencourt qui commence. Un pas vers une lutte d'ensemble pour le retrait du projet de loi sur les retraites ?
 
Le scandale de l’affaire Bettencourt s’étale au grand jour. Refusant l’affrontement avec le pouvoir, les directions syndicales restent passives sur la crise gouvernementale et se bornent à réclamer une « réécriture » du projet de loi. Sous la pression du succès des manifestations du 24 juin, l’intersyndicale appelle à une journée de grève et de manifestation le 7 septembre. La milliardaire, le ministre et les retraites...
 
En plein été, les scandales continuent d’alimenter la politisation contre le gouvernement, même si les directions syndicales sont plus que discrètes sur le sujet. Sarkozy utilise la démagogie réactionnaire contre les Rom pour tenter de reprendre l’initiative. La question de la contestation du pouvoir est posée. Les trafiquants et délinquants de la haute société… 
 
Alimenté par la crise politique de la droite noyée dans les affaires, le 7 septembre se prépare à être un succès. La politique xénophobe de Sarkozy contre les Roms se retourne contre lui. La manifestation du 4 septembre, pour faire entendre les exigences démocratiques et pas pour défendre la République des colonisateurs, doit préparer la manifestation du 7 septembre. Engager l’affrontement 
 
3 millions de manifestants le 7 septembre, mais l’intersyndicale qui se tient le lendemain n’annonce rien avant le 23 septembre et se refuse à exiger le retrait de la loi. Cela laisse le terrain politique à Sarkozy, qui tente d’intimider les manifestants avec un vote précipité à l’Assemblée nationale le 15 septembre. Des équipes militantes prennent des initiatives pour préparer le 23 et impulser une autre politique à la lutte. Tout peut basculer...
 
Le 23 septembre confirme la profondeur du mouvement. Dans les ports, à Total, dans la Chimie, des équipes militantes prennent des initiatives pour reconduire la grève. Sarkozy veut l’affrontement… mais est déjà dépassé par le mouvement. Utilisant les rendez-vous donnés par l’intersyndicale comme autant de moyens pour se construire, le mouvement se renforce et se politique. Regrouper, construire, élargir le mouvement vers la grève générale
 
3,5 millions de manifestants le 12 octobre où étudiants et lycéens rejoignent la lutte. Le mouvement démarre dans les lycées, la grève reconductible se développe à la SNCF, dans la chimie, les ports, les raffineries. Des initiatives de blocages se prennent, avec des « interpro » pour les organiser. Avec la radicalisation, l’exigence du retrait de la loi s’affirme clairement. Sarkozy pris à son propre piège. Tous ensemble vers la grève générale
 
En pleines vacances scolaires, le Sénat adopte la loi. Le communiqué de l’intersyndicale du 21 octobre, non signé par Solidaires et FO, se désolidarise de la radicalisation qui a commencé en déclarant veiller "au respect des biens et des personnes". Pas un mot sur la grève dans les raffineries, sur le mouvement dans la jeunesse, les blocages ! L’intersyndicale appelle à une journée le jeudi 28 octobre et le… 6 novembre. Face au parlement des riches, la démocratie c’est nous !
 
De nuit, Sarkozy promulgue sa loi comme un petit voleur… Si le gouvernement a réussi à imposer sa réforme, ce n’est pas une défaite sans combat. Des millions de travailleurs, de jeunes, se sont dégagés du chantage de Sarkozy sur les « sacrifices » face à la crise. Faire vivre un syndicalisme de lutte de classe, rompant avec le dialogue social, pratiquant la démocratie à la base, est une tâche importante pour la suite. A l'heure des tentatives de reprise en main, faire vivre les acquis du mouvement
 
Le 23 novembre, les dirigeants des confédérations syndicales se félicitent du mouvement qui n’aurait servi qu’à faire pression sur le gouvernement dans le cadre du « dialogue social », alors qu’il est clair que cette politique est une impasse. La lutte des travailleurs au Portugal, en Irlande comme de la jeunesse britannique vient montrer que la seule issue est sur le terrain de la lutte de classe. Les luttes européennes se renforcent les unes les autres, aident à une prise de conscience de plus en plus large et radicale. Le monde du travail regroupe ses forces

Malgré l’impasse de la politique des directions syndicales qui n’ont jamais voulu l’affrontement avec le gouvernement, des travailleurs et des jeunes ont cherché à le faire et renoué avec les idées de la lutte. Faire vivre ces acquis aujourd’hui est essentiel pour la suite, en armant la colère contre ce pouvoir des riches d’une perspective politique, sur le terrain de la lutte de classe et pas celui des institutions. Le temps des maturations…