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Nouvel épisode d’une crise chronique

Nous l’avons écrit à plusieurs reprises : le rebond des Bourses, la reprise effrénée de la spéculation ne sont pas, quoi que veuillent y voir certains augures, le signe que le bout du tunnel de la crise est en vue. Bien au contraire.

Le renflouement du système financier par les Etats, à grands coups de milliers de milliards d’argent public, s’il a permis effectivement de relancer la machine à profits pour une infime minorité de parasites, a en même temps creusé les déficits publics au point que certains Etats sont au bord de la faillite. D’après l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), la dette des trente pays les plus avancés va grimper, en 2010, jusqu'à 100 % de leur produit intérieur brut, autrement dit consommer la totalité de la richesse qui y est produite ! Pour certains pays, la prévision va bien au-delà : c’est le cas pour le Japon, dont la dette publique devrait atteindre quasiment 200 % de son PIB, de l'Italie (127,3 %), de la Grèce (111,8 %), et de biens d’autres.

La menace d’une faillite d’Etats, comme en 2000 en Argentine et en Indonésie, ou encore en Islande il y a un an, est bien réelle. Et l’annonce, la semaine passée, que Dubaï World, principale holding financière de Dubaï, était dans l’incapacité de faire face aux échéances du remboursement de sa dette de 59 milliards de dollars, alors que l’Etat lui-même venait d’emprunter 5 milliards, est venue brutalement renforcer ces craintes.

 Les Bourses du monde entier ont réagi à la baisse. Les organismes de cotation ont réajusté brutalement l’indice CDS (crédit default swap) de Dubaï et de plusieurs autres Etats. Cet indice reflète le coût de l’assurance que devrait prendre un créancier pour se garantir des risques de faillite de l’Etat à qui il prête de l’argent. Plus un Etat est endetté, plus la menace d’insolvabilité augmente, plus le risque pour le créancier de ne pas pouvoir récupérer sa mise est grand, plus l’assurance est chère, et plus l’indice CDS est élevé… Le CDS de Dubaï a ainsi bondi de plus de 500 points, le plaçant en tête des pays à risque, tandis que l’onde de choc touchait également les autres Etats du Golfe, certains pays asiatiques, la Grèce...

Dubaï, c’est l’alliance intime du féodalisme le plus arriéré avec les aspects les plus « modernes » du capitalisme : un émir dont le pouvoir et les propriétés sont inextricablement liés à ceux de l’Etat ; une économie bâtie sur le sable, au sens propre comme au figuré… Faute de disposer, comme ses voisins des autres pays du Golfe, de ressources pétrolières, les holdings de l’émir de Dubaï empruntent massivement pour spéculer à grande échelle dans la finance, le commerce international et l’immobilier de luxe destiné aux vacances des riches bénéficiaires des océans de fric tirés des profits et de la spéculation financière, construisant les tours les plus hautes du monde, des îles artificielles engloutissant, pour leur construction, des volumes de sable équivalent à la grande muraille de Chine !

Ce délire spéculatif aux perspectives juteuses n’a bien entendu pas manqué de trouver des échos dans la cupidité de l’ensemble du monde de la finance, et de nombreuses banques étrangères n’ont pas hésité à s’embringuer dans les affaires du prince de Dubaï, comme elles l’avaient fait avec les subprimes américaines. Les banques américaines, européennes et japonaises auraient placé plus de 120 milliards dans les Emirats. Les banques britanniques sont les plus impliquées à Dubaï même : HSBC (11,3 milliards d'euros), Standard Chartered (5,1 milliards d'euros), Barclays (2,3 milliards d'euros)… Les banques françaises sont aussi de la fête, telle BNP Paribas qui aurait « investi » 1,1 milliard d'euros dans les Emirats. On mesure mieux à quoi ont pu servir les milliards de la relance financière de Sarkozy…

 Mais la crise a sévèrement réduit les effectifs de la clientèle de luxe susceptible de venir profiter des charmes de Dubaï et le trafic maritime qui transitait par son port a baissé de 30 %. Les rêves de grandeur de l’émir sont en train de sombrer, et avec eux la bulle financière qui s’était accumulée autour… L’activité de construction immobilière qui se vantait de mobiliser 25 % des grues de chantier du monde entier est en panne. Avec, pour conséquence sociale dramatique, le chômage pour des milliers de travailleurs venus d’Asie, et dont beaucoup n’ont pas été payés depuis des mois…

 

Les conséquences d’une politique qui alimente les profits au détriment des travailleurs et des peuples…

Fillon et quelques autres sont venus nous expliquer que les défauts de paiement de Dubaï ne sont pas suffisamment importants pour que cela ait de grosses répercussions sur le reste de l’économie mondiale. Il est vrai que la chute des Bourses consécutive à l’annonce de la crise de Dubaï semble s’être arrêtée. Et il est peu vraisemblable que nous soyonsà la veille d’un nouvel « effet domino » qui entraînerait un nouvel effondrement du système financier international. Sans doute, comme le prétendent économistes et dirigeants politiques, le phénomène sera stoppé grâce au soutien financier de son voisin des Emirats Arabes Unis. Un soutien financier qui, soit dit en passant, ne sera sans aucun doute pas gratuit et signifiera tout simplement un changement de propriétaire sur les « actifs » de Dubaï. Pendant la crise, restructurations et concentration du capitalisme se portent bien, merci !

Quoiqu’il en soit, une chose est certaine : la crise de Dubaï illustre concrètement le fait que la crise financière et ses dramatiques conséquences économiques et sociales sont loin d’être terminées…

On nous expliquait, face à la persistance de la crise économique et des pertes massives d’emplois, que la reprise financière était là, que c’était le signe que la reprise économique allait suivre… qu’il suffisait de patienter.

La réalité est toute autre. La « reprise financière », qui se manifeste par une reprise outrancière de la spéculation, s’appuie sur une reprise effective des profits de certains secteurs de l’économie qui bénéficient du soutien financier des Etats, tel l’automobile ou les grandes entreprises de la construction. Une activité soutenue artificiellement les Etats avec l’argent public, qui relance les profits mais n’empêche pas le chômage partiel et la poursuite des licenciements. En France, alors que la prime à la casse a assuré aux constructeurs automobiles des niveaux de vente inespérés malgré la crise, PSA vient d’annoncer 6500 suppressions d’emploi…

Partout dans le monde, les travailleurs et les populations sont, de tout point de vue, le véritable moteur de cette reprise des profits. Ceux qui travaillent subissent surexploitation et perte de revenus, tandis que le nombre de ceux qui sont soumis à la précarité, au chômage, à la misère, ne cesse de croître.

En France, les chiffres du chômage ont officiellement augmenté de 2% en octobre. Les inégalités entre les plus pauvres et les plus riches s’accroissent : selon un rapport de l’Insee portant sur la période 1997-2007, alors que le revenu des 10% les plus pauvres n’a augmenté que de 1360 euros, les 5% les plus riches ont engrangé 4900 euros de plus. L’écart de niveau de vie entre les plus riches et les plus pauvres s’est creusé de 3500 euros. L’observatoire national des « zones urbaines sensibles » (ONZUS) vient de publier un rapport qui illustre la gravité de la situation dans laquelle se retrouve la population la plus pauvre, la plus touchée par le chômage : 33,1% des 4,5 millions d’habitants des « ZUS » vivent en dessous du seuil de pauvreté (908 euros mensuels), chiffre qui atteint 44,3% pour les moins de 18 ans.

A l’échelle de la planète, le sommet de la FAO (organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture), qui s’est tenu à Rome les 16 et 17 novembre, a permis de mesurer l’aggravation de la situation alimentaire dans le monde. Selon le rapport présenté lors de ce sommet, le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation serait passé de 963 millions en 2008 à 1,02 milliards en 2009, se répartissant ainsi : Asie et Pacifique, 642 millions ; Afrique subsaharienne, 265 millions ; Amérique latine et Caraïbes, 53 millions ; Proche-Orient et Afrique du Nord, 42 millions ; Pays développés, 15 millions…

 

... et nourrit la crise


Aveuglément, dirigeants politiques et économiques poursuivent inlassablement cette même politique, dont Strauss-Khan, directeur du FMI, prétendant être le candidat du PS en 2012,est un des chantres convaincus. Dans diverses interventions récentes, tout en annonçant la reprise pour 2010, il a conseillé aux Etats de poursuivre leurs efforts de soutien au système financier, et de se préparer à compenser les déficits budgétaires qui en résultent par l’augmentation des impôts et les économies sur les dépenses publiques…

Sarkozy, en visite mardi à la Seyne-sur-mer, a tenté de faire de bilan de sa politique économique… Après l’autosatisfaction - « on n’a pas fait d’erreurs, on n’a laissé tomber personne » - sur la réussite de sa politique qui aurait permis, selon lui, de limiter à 2% la baisse de l’activité économique du pays, il n’a pas manqué de prévenir que « les réformes, je continuerai à les faire », citant les retraites comme objectif prioritaire, mais aussi la réforme de la sécurité sociale, ainsi que celle des collectivités locales et de l’Etat, autrement dit la poursuite des suppressions massives d’emplois dans la fonction publique. Des menaces qui viennent s’ajouter à la campagne en cours pour l’imposition, au nom de la justice, des indemnités pour accident du travail, tandis que le « grand emprunt national » viendra aggraver la situation des caisses de l’Etat pour poursuivre la même politique de soutien à la finance et aux multinationales tout en donnant aux marchés obligataires de nouvelles occasions de spéculer.

Du point de vue financier, l’injection par les Etats de milliards sous de multiples prétextes continue de plus belle. La banque centrale allemande s’apprête à débloquer 10 milliards d’euros pour, soi-disant, aider les banques à consentir des crédits aux entreprises qui en ont besoin. Dans le même registre, la banque centrale japonaise devrait débloquer 77 milliards d’euros de crédit à des taux très bas.

Mais l’essentiel de cet argent continuera immanquablement à alimenter la spéculation financière, ou ira s’investir dans les pays comme la Chine ou l’Inde, dans l’espoir de profiter des nouvelles perspectives mirobolantes de croissance qui semblent s’y développer. Perspectives qui ne pourront que se heurter, inévitablement, à la réalité d’un marché international dont la demande solvable est plombée par la crise, l’augmentation du chômage et l’accroissement des inégalités…


Briser cette logique infernale

Au cours des mois qui se sont écoulés depuis le déclenchement de la crise, la bourgeoisie financière a certes montré qu’elle était capable de trouver des marges de manœuvre et de se redéployer à travers le développement du capitalisme à l'échelle mondiale. Mais sa politique engendre une concentration de richesse toujours croissante d'un côté et un approfondissement des inégalités, de la pauvreté, de la famine... Elle enferme l’économie mondiale dans un cercle vicieux, une spirale infernale dont il n’est possible de sortir que si on s’en prend réellement aux mécanismes qui la sous-tendent : la course effrénée au profit dans un contexte de concurrence internationale exacerbée par la crise, la main mise, sous prétexte de propriété privée, d’une poignée de parasites sur l’ensemble de l’économie mondiale par le biais du système financier.

Briser cette logique suppose s’en prendre à ces fondements. Face à une politique qui n’a pas d’autre souci que les intérêts de classe égoïstes et immédiats de la bourgeoisie et de ses serviteurs, cela passe par la défense des exigences les plus urgentes du monde du travail : interdire les licenciements, exiger le partage du travail entre tous, des salaires permettant à chacun de vivre décemment…

La lutte pour ces mesures vitales est une remise en cause du pouvoir de l’aristocratie financière qui n’a pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout de sa propre logique : mettre le système financier au service de la production, sous le contrôle de la population et des travailleurs, et pour cela, exproprier les grands patrons de la finance ; mettre fin à la spéculation boursière en fermant les Bourses ; mettre fin à une production anarchique qui ne connaît pas d’autre critère que les perspectives de profits en la remplaçant par une production planifiée, contrôlée de façon démocratique par la population et les travailleurs afin de satisfaire les besoins de chacun, dans le respect de l’environnement…

Un programme anticapitaliste, démocratique et révolutionnaire qui est plus que jamais à l’ordre du jour.

Daniel Minvielle