Sommet de Copenhague : pas de solutions techniques à la crise climatique hors du contrôle démocratique par la population

Derrière les grandes déclarations hypocrites qui se multiplient, à quelques semaines du sommet sur le climat de Copenhague qui se tiendra en décembre prochain, se profilent avant tout une nouvelle fuite en avant libérale vers la marchandisation de la nature, de nouvelles perspectives de spéculations sur les droits à polluer, sur le prix du carbone, de nouvelles formes de pillage impérialistes, de remises en cause des droits des peuples.
 
L'inflation d'arguments scientifiques faussement objectifs sert avant tout d’argument d’autorité pour imposer des solutions prétendument écologiques. Que ce soit des techniques « écologiques » comme les agro-carburants ou des mesures économique comme la taxe carbone, ce sont autant de tentatives pour sauver un système capitaliste mondialisé en crise et de nouvelles attaques contre les classes populaires.
 
 
Un débat sur des choix techniques écologiques…
 
Face à la crise climatique, se laisser enfermer dans une discussion sur des choix techniques, que les seuls arguments scientifiques devraient trancher indépendamment de la question sociale et politique est un piège et une impasse dans laquelle s’est mise toute une partie du mouvement écologique. Outre que cela revient à dédouaner les classes dominantes de leur responsabilité dans les ravages sociaux et écologiques entraînés par la mondialisation, cela conduit surtout à ne chercher de solutions que dans le cadre de ce système. D'où la tendance à ne poser le problème de la crise écologique qu’en terme de changement technique, de changement des comportements individuels, pour au final s’en remettre au bon vouloir des dirigeants du monde… et du marché.
 
Pour certains courants écologistes, la crise climatique serait devenue une question tellement urgente qu’elle mériterait un traitement particulier, avec des solutions « techniques » propres… et cela en  laissant le plus souvent de côté la question du rapport de force entre les classes pourtant indispensable pour imposer d’autres choix économiques. Cette indifférence à la question sociale en conduit certains à faire du progrès, du développement, de la technique, un problème en soi. Du fait du caractère fini des ressources de la planète, le développement des sociétés humaines serait le problème fondamental, dépassant les questions sociales et politiques. C'est un raisonnement dangereux car, poussé jusqu'au bout, il peut nourrir une démagogie populiste, réactionnaire, contre le progrès des sciences et des techniques rendus par eux mêmes responsables de la crise écologique et ouvrant la porte à des dérives antidémocratiques obscurantistes.
 
Un tel raisonnement évite surtout de poser la question du cadre des rapports sociaux dans lequel sont  utilisées les techniques, sous le contrôle de quelle classe, dans le cadre de quel type d’économie, pour quel type de production, et donc selon quels critères économiques… Une technique ou une source d’énergie n'ont pas de caractère bon ou mauvais en soi, tout dépend des choix qui sont faits, en fonction de quelle priorité, les profits ou la satisfaction des besoins humains, le productivisme sans limite ou la prise en compte de l’impact sur l’environnement.
 
Que le capitalisme n’ait pu se former et se développer que grâce au développement des techniques  permettant une transformation radicale des conditions de production ne fait pas de ces techniques les responsables de l’impasse dans laquelle le capitalisme en enfermé la société humaine. C'est bien leur utilisation à outrance dans le cadre d'une économie capitaliste, productiviste parce que n'ayant comme but que la recherche du profit et comme aiguillon la concurrence, qui a conduit à la généralisation de l’exploitation des hommes et aux ravages de l’environnement jusqu’au changement climatique actuel.
 
Le productivisme tout aussi aberrant des pays dits du « socialisme réel » n’est pas non plus la conséquence d’un caractère néfaste en soi de la technique, qui aurait été dans ces pays le produit de la croyance en la possibilité d’un  développement illimité des forces productives. Ce productivisme n’était que la conséquence de choix économiques bureaucratiques faits par des régimes dictatoriaux dans leur concurrence économique et politique avec les puissances impérialistes. Au productivisme des économies capitalistes répondaient ce productivisme bureaucratique qui était finalement avant tout la conséquence de la pression économique et politique exercée par les grandes puissances capitalistes sur ces régimes staliniens pas plus soucieux des peuples et de l'environnement que l'impérialisme. Que ces politiques se soient appuyées sur tout un discours sur le « développement des forces productives », sur « l'édification du socialisme », n'est que la conséquence du mensonge généralisé de leur propagande officielle. Ce productivisme n'a rien à voir avec le socialisme qui ne s'est jamais réduit à l'idée du « développement des forces productives » indépendamment de la satisfaction des besoins réels, humains, et donc du contrôle démocratique par la population de la marche de l’économie.
 
Ce ne sont pas les techniques qu’il faut remettre en cause mais bien les rapports de domination de classe. Leur développement est à la base de l'évolution des sociétés humaines, des rapports sociaux. Elles ont permis la révolution bourgeoise et leur développement crée aujourd’hui les conditions d’une nouvelle révolution. Leur utilisation prend un caractère de classe parce qu'elle est déterminée par les rapports sociaux, c'est-à-dire, sur le fond, par les intérêts des classes dominantes. Ce sont les classes possédantes qui donnent à l'utilisation des sciences et des techniques un caractère de classe en les intégrant à l’ensemble de leur organisation sociale, à leur appareil de production, comme des modes de consommation qu’elles imposent à toute la population.
 
Ce n’est pas le développement de la technique en soi qui fait qu’à l’heure de la mondialisation capitaliste l’impact de la société humaine sur l’environnement est devenu si important qu’il oblige à poser la question de sa prise en compte rationnel, de son évaluation, des choix nécessaires. C’est bien l’aveuglement des multinationales et des Etats prisonniers de l’économie marchande qui empêche tout contrôle démocratique mettant les technologies les plus modernes au service d’une gestion harmonieuse des activités humaines et de leurs effets sur l’environnement. C’est pour cela qu’il ne s’agit pas tant de trouver les nouvelles techniques « propres » ou de réduire la consommation sans rien changer à l’ensemble des rapports sociaux. Ne raisonner que par rapport à la technique condamne à l’impuissance car le problème est avant tout celui de l’organisation sociale, et donc de la façon dont sont utilisées ces techniques. Cela implique le contrôle démocratique par la population de l’organisation même de la production pour faire valoir d’autres critères que la rentabilité immédiate comme, par exemple, l’amélioration des conditions de travail ou la réduction de l’impact sur l’environnement. Ces critères, expression des besoins de la population, impliquent une tout autre logique que celle du capitalisme, mais leur mise en application ne sera elle-même possible que sur la base des progrès des connaissances scientifiques comme des  techniques.
 
La question de la crise climatique, de part ses causes, de part l’ampleur des réponses qu’il faudrait y apporter, pose globalement la question de l'organisation de la société. Son aggravation récente, et le caractère destructeur pris par le développement de la production industrielle et des échanges à l’heure de la mondialisation, est la conséquence du caractère parasitaire de la domination de la bourgeoisie, de l'impasse de son système du point de vue des intérêts généraux de l'Humanité et de la préservation de son environnement.
 
 
… ou une remise en cause de l’ordre social
 
La crise climatique pose très concrètement le problème de l’incapacité du capitalisme à surmonter ses contradictions internes, son incapacité à permettre un développement harmonieux, planifié démocratiquement de l’ensemble de l’économie pour répondre aux besoins humains. Les solutions à cette crise passent donc par une remise en cause générale de ce système, par la contestation du pouvoir de la finance et des multinationales, par le contrôle démocratique par la population de l’économie. Ces solutions s'inscrivent pleinement dans la lutte des classes et la perspective d’un socialisme du XXIème siècle.
 
L'urgence de la situation ne fait pas de la question écologique une question à part, en dehors de l'urgence d'en finir avec le capitalisme mondialisé. Toute forme de solution écologique reposant sur les lois du marché n'est qu'un jeu de dupe. Les diverses solutions techniques que les scientifiques peuvent imaginer pour, par exemple, réduire les émissions de CO2, n’ont de sens que sur la base d’une planification démocratique de l’économie, et donc d’une remise en cause du pouvoir de la finance, de la propriété privée des grands moyens de production. Les experts parlent d’une nécessaire baisse des émissions de CO2 pour limiter l’augmentation de la température. Mais comment penser que cela pourrait être le résultat d’une simple décision gouvernementale, alors que cela remet en cause la logique même de tout le système ? Plus qu’un débat sur le pourcentage de réduction réellement nécessaire, le véritable enjeu du débat, c’est la prise de conscience de l'irresponsabilité des classes dominantes et de la nécessité d’une planification démocratique mondiale remettant en cause le « tout marché ». Et aussi la prise de conscience qu’imposer une telle planification implique un rapport de force social et politique favorable aux classes populaires, car elle ne se mettra pas en place par en haut mais bien à travers les luttes sociales.
 
Il n’y a pas de réponse à la crise climatique hors d’une réponse globale impliquant la réappropriation sociale de l’ensemble de l'économie, c’est-à-dire le socialisme. Il n’y aura pas de réponse technique « écologique » hors d’un bouleversement social qui seul peut permettre, sur la base de la démocratie révolutionnaire et contre les intérêts de la finance et des classes dirigeantes, la mise en place d’une réelle planification de l’économie.
 
Dans les pays industrialisés, inverser la logique du « tout routier » implique une rupture avec les intérêts des trusts de l'automobile, du pétrole, de la grande distribution. Cela ne sera possible que si l'ensemble des salariés du public comme du privé se mobilise pour imposer, à travers un rapport de force social, des mesures d'urgence face aux conséquences sociales et écologiques de la crise comme, par exemple, la mise en place d’un véritable service public du transport et de l'énergie.
 
Mais c'est aussi vrai à l'échelle de l'ensemble de la planète où la question de la crise écologique est étroitement liée à la question de la paysannerie. Les solutions à cette crise écologique sont directement liées à la lutte pour s'opposer à la ruine de la paysannerie et à la prolétarisation mondiale qui la frappe. Ainsi les agro-carburant, présentés comme une solution « écologique » à la crise climatique, se traduisent concrètement par l'expropriation de paysans pour permettre à des trusts de l'agroalimentaire de remplacer des cultures vivrières locales par de la canne à sucre pour l'exportation. Cette soi-disant solution technique entraîne ainsi le renforcement de l'agrobusiness et de l'agriculture intensive et dans le même temps, la ruine de petits paysans et la réapparition de la famine dans des pays comme l'Argentine ou le Brésil.
 
Plus que de rentrer dans le débat faussement technique et scientifique dans lequel voudrait nous enfermer les tenants d’un capitalisme vert, la responsabilité du mouvement démocratique et révolutionnaire est de mettre en avant des solutions politiques qui lient combat écologique et combat social parce qu’il s’agit d’un seul et même combat contre la mainmise de toute l'économie par les grandes multinationales, les grands groupes financiers. La crise climatique qui se confond avec la crise sociale, la crise alimentaire, est un des multiples aspects d’une crise structurelle du capitalisme et non, comme le disent la plupart des courants écologiques, une conséquence de l’activité humaine en général.
 
La crise climatique, écologique, remet la perspective du socialisme à l’ordre du jour parce qu’il n’y aura pas de réelle prise en compte des données de la science à l’échelle de l’économie mondiale sans une planification démocratique. Donc pas de solution sans sortir du capitalisme qui n’est pas seulement un mode de production productiviste mais surtout un mode de production incapable de planifier, de s’organiser sur le long terme en tenant compte d’autres critères que le profit le plus immédiat, la rentabilité du travail, les gains de productivité.
 
Même dans ses aspects les plus techniques, scientifiques, la question de la crise climatique est  indissociable de la question sociale et de la démocratie, et donc de la lutte des classes. Le véritable combat pour sortir de la crise climatique c’est le combat pour créer les conditions sociales, politiques permettant une réelle prise en compte des données de la science.  Cela implique d’en finir avec les lois aveugles du marché pour introduire la conscience, la raison, comme critères de l’organisation de l’économie mondiale, c'est-à-dire son contrôle démocratique par la population… le socialisme.
 
Bruno Bajou