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Faux débat sur l'identité nationale, crise politique, indépendance du monde du travail

Besson essaie de parader. Pendant qu'il fait le sale boulot de la chasse aux sans-papiers, son mentor lui a enfin confié la petite heure de gloire qu'il espérait en supportant les quolibets. En portant le "grand débat sur l'identité nationale… pour renforcer notre cohésion nationale et réaffirmer notre fierté d’être Français", il voudrait réussir un coup à trois bandes pour le compte de son chef : continuer à vider le fond électoral du FN, approfondir la crise du PS jusqu'à l'explosion, et détourner les préoccupations du monde du travail. Car derrière ce sale jeu électoraliste, s'accumulent tous les éléments d'une crise politique que Sarkozy voudrait éviter dans une fuite en avant démagogique, ajoutant lui-même son couplet venu tout droit des années trente et quarante "La France a un lien charnel avec sa terre…".
 
Une éditorialiste inquiète de La Tribune titrait la semaine dernière "L'identité nationale, outil rouillé", avant d'expliquer "qu'à force de compter sur les mêmes mécanismes, on commet des erreurs. Le pays ne se sent pas en campagne électorale. Les gens s'inquiètent pour leur emploi et l'avenir de leurs enfants : à se voir resservir de l'identité nationale réchauffée, ils vont trouver qu'on se paie leur tête."
 
En effet, ce faux débat, comme la démagogie sécuritaire relancée par Hortefeux, sert à faire diversion au moment où le pouvoir traverse une crise politique grave : les mésaventures judiciaires de Clearstream, des Pasqua, Chirac, et maintenant Flosse ; les calculs ratés qui se retournent contre l'équipe de l'Elysée avec le fils Sarkozy et le neveu Mitterrand ; les affrontements à répétitions entre membres du gouvernement. Et puis, il y a les ratés parlementaires autour du budget, la fronde des barrons de la droite, les Juppé, Raffarin et Cie, qui ne peuvent plus assumer sans rien dire la politique de Sarkozy, trop ouvertement favorable au Medef.
 
Car si l'unité de la droite est en train de craquer, malgré tout ce qu'a fait Sarkozy pour contrôler et mettre à son service l'UMP, c'est bien qu'il y a une crise profonde : ses mesures faisant payer la crise du capitalisme à la population ne trouvent aucune légitimité dans l'opinion. Sarkozy en reçoit les effets boomerangs de tous les côtés.
 
C'est bien cela qu'il s'agit de démontrer largement aujourd'hui pour redonner confiance aux travailleurs et affaiblir davantage le pouvoir, qui ne tient que parce que ses oppositions parlementaire et syndicale sont en-dessous de tout. Il s'agit bien de renvoyer dans les cordes ceux qui entonnent les rengaines moisies de la nation, alors que la finance internationale a fait exploser depuis bien longtemps les frontières, en luttant pour les problèmes qui nous préoccupent, ceux des besoins et exigences de la population, des droits des travailleurs.
 
 
Identité de gauche… ou de classe ?
 
Besson s'est félicité un peu vite que "les Français se sont emparés du débat". En réalité, on a surtout entendu le FN furieux et le PS dans la confusion. D'abord saisi entre paralysie et indignation, il en rajoute maintenant dans le nationalisme, avec Ayrault qui demande de meilleurs équipements pour les soldats en Afghanistan.
 
Ségolène Royal, elle, assume jusqu'au bout d'être le miroir de la droite décomplexée. Elle aussi en rajoute autour de cette "question centrale" pour "reconquérir les symboles de la nation", déclare-t-elle dans une interview au Parisien, se mettant en concurrence avec son ancien conseiller.
 
Besson fait penser à la psychologie politique de certains "socialistes" de l'entre-deux-guerres, comme Marquet ou Déat. Arrivistes anticommunistes, ils combattaient la lutte des classes, se référant à de soi-disant solides "valeurs" et "principes" de gauche. Sous les coups violents de la lutte des classes de cette époque, les principes de la République et des droits de l'homme avaient fini par prendre leur contenu le plus ouvertement bourgeois : l'ordre, l'autorité et la Nation. Marquet était devenu en 1934 ministre dans un gouvernement de droite, aux côtés de Laval et Pétain, avant de les suivre jusqu'au fascisme dans le gouvernement de Vichy.
 
Royal n'a pas, certes, la trajectoire de Besson, mais elle se revendique de ce que "la nation est à l'origine un concept de gauche". Que de similitude dans les raisonnements ! Ces arguments usés jusqu'à la corde ont été joués et sur joués mille fois par la gauche, et le plus souvent pour le pire : l'unité nationale pour la guerre de 14-18 s'était faite au nom de la République, des droits de l'homme et de la démocratie, comme les guerres coloniales. Ils ne peuvent pas cacher qu'il s'agit pour elle aussi, de défendre l'ordre avant tout, même s'il se voudrait un ordre plus social.
 
C'est par ce républicanisme qu'au sein de tout l'arc de la gauche, ils se tiennent encore les uns aux autres par la main… jusqu'aux dirigeants de la gauche antilibérale qui eux-aussi semblent toujours prêts à reprendre cette rengaine indignée. Bien sûr, tous ont dénoncé le calcul électoral, le calendrier du "débat" qui voudrait parasiter la campagne des régionales, la course aux électeurs du FN, la politique raciste et l'hypocrisie de Besson et Sarkozy, etc. Mais une fois tout cela dit, ils s'engouffrent les uns et les autres dans le cadre du "débat".
 
On a pu lire cette interrogation surprenante dans L'Humanité : "Et si, finalement, l’offensive de la droite … se retournait contre elle, en contribuant à une clarification idéologique salutaire sur les fondamentaux de la République ?", avant de revenir à cette idée qu'il y aurait deux natures dans la République bourgeoise, avec un « héritage républicain forgé depuis la Révolution française par les forces progressistes et les luttes populaire », offrant ainsi les acquis des luttes du mouvement ouvrier contre la bourgeoisie et l'État républicain… à cet État lui-même !
 
Jean-Luc Mélenchon est sur les mêmes bases : "Si la France a une identité collective assumable par chacun c’est la République. Pour ma part, je dis toujours, d’un trait : 'ma patrie républicaine'. Ce qui veut dire qu’à mes yeux la France est là où sont ses principes. Ce qui s’est vu à Londres en 1940." (lu sur son blog).
 
Avec leur opération, Sarkozy et Besson, en situation de faiblesse, entrainent nombre de leurs opposants sur le terrain de l'unité républicaine, l'identité collective qui prétend réunir exploiteurs et exploités, alors que la population a besoin d'une rupture pour défendre ses intérêts de classe opprimée.
 
 
Pour une politique des travailleurs  indépendante
 
Le PS puis le PCF, depuis des décennies, pour justifier leur intégration aux institutions, ont largement embrouillé cette question, tournant le dos aux explications de Marx pour qui la République qui s'est construite ici au 19ème siècle, entre la Révolution de 1789 et l'écrasement de la Commune de Paris en 1871, était la forme sous laquelle la bourgeoisie avait forgé son État contre les travailleurs. Marx affirmait, et la 1ère Internationale avec lui, que les travailleurs n'ont pas de patrie. C'est bien cette idée qu'il faut faire vivre pour construire une politique indépendante pour les travailleurs. A l'heure de la crise globale et mondialisée du capitalisme, les travailleurs ne sont protégés par aucune frontière, par aucune "identité nationale". Les patrons français sont les mieux payés d'Europe. Le chômage, la misère, les licenciements frappent ici comme dans tous les autres pays.
 
Il est regrettable que le PCF et J.L. Mélenchon se fourvoient encore aujourd'hui sur cette question, entretenant la confusion entre nation, république, et intérêt de classe. On ne peut défendre en même temps les intérêts des classes populaires, des travailleurs avec ou sans papiers, et la République. Les deux sont incompatibles. Les salariés qui ont occupé leurs usines pour s'opposer aux fermetures ont clairement fait l'expérience, face à la police, que l'État républicain défend l'ordre et la propriété privée des capitalistes.
 
Les antilibéraux se retrouvent face à cette contradiction. Pour soutenir jusqu'au bout les luttes des travailleurs, comme celles des milliers de travailleurs sans papiers en grève pour obtenir leur régularisation, c'est bien la République qu'il faut contester, c'est-à-dire cet État bourgeois et impérialiste, qui opprime le monde du travail et les peuples. On ne peut prétendre gérer les institutions… et les combattre en même temps, le PCF en a fait l'expérience à plusieurs reprises.
 
On touche là une divergence de fond dans la discussion qui se mène aujourd'hui entre antilibéraux et anticapitalistes et qui trouve son expression pratique dans la question de l'indépendance avec le PS et les Verts, et dans celle du refus de gérer les exécutifs régionaux.
 
L'unité est nécessaire et utile à condition qu’elle se fasse sur la base de cette indépendance de classe. Alors seulement elle contribue à donner confiance aux travailleurs dans leur propre intervention pour que se construise une conscience de classe, libre de toute attache à une quelconque institution ou un exécutif qui viendrait faire pression sur eux, au nom de ce qui serait possible, de l'ordre, du respect du droit et de la propriété bourgeoise.
 
Sans cette liberté, cette indépendance de classe, impossible de lutter pour l'interdiction des licenciements, pour le partage du travail entre tous, pour la nationalisation de la finance sous le contrôle des travailleurs, toutes revendications qui sortent de la légalité républicaine. Impossible aussi de contester le droit de l'État à fermer ses frontières et à sélectionner ses membres selon le bon vouloir des patrons et gouvernants. Notre programme s'en trouverait ramené à un soutien partiel aux luttes des travailleurs, à une régularisation des sans-papiers en fonction de critères décidés par l'État, à une capitulation.
 
La seule réponse au faux débat de l'identité nationale est bien de le rejeter. Sa fonction est de créer une solidarité entre tous les tenants de l’ordre bourgeois pour mieux y enchaîner le monde du travail. Nous y opposons une solidarité de classe, celle de l'unité pour une politique indépendante et internationaliste. Les mesures d'urgences vitales pour le monde du travail ne connaissent pas de frontières ou de nations. Lutter pour elles aujourd'hui, c'est préparer le monde sans frontière de demain.
 

François Minvielle