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Sarkozy en difficulté, les banques et le CAC40 en pleine santé, sortir de la passivité des confédérations syndicales

Sarkozy et son gouvernement se retrouvent aujourd’hui affaiblis, au moment où ils veulent imposer une série de mesures pour faire payer la crise à la population. L’affaire Clearstream révèle les rivalités d’ambition au sein de la droite. Quant à la tentative avortée de nomination de son fils de 23 ans à la tête du plus grand quartier d’affaires européen de la Défense, elle se retourne contre Sarkozy qui promettait en 2007 qu’avec lui, « les nominations seraient irréprochables » !
 
Tout cela ne fait que révéler davantage les mensonges sur lesquels il a construit sa démagogie et son populisme. Mais plus profondément, c’est la conscience que le gouvernement est aux petits soins pour les banquiers, les patrons, les riches alors que les licenciements continuent, qui se renforce. En allant à Gandrange, en visite surprise et dans le plus grand secret pour être sûr qu’il n’y aurait aucune contestation, Sarkozy tente de désamorcer cette révolte. Mais ses coups de communication ne trompent personne. Surtout à Gandrange, où il s’était rendu en 2008 en promettant de s’occuper de l’affaire après l’annonce par Mittal d’un plan de 595 suppressions d’emplois… 575 des 1108 emplois du site ont été supprimés depuis !
 
Les gesticulations de Sarkozy ne suffisent pas à masquer la politique du gouvernement. Les mesures annoncées avec le budget de l’Etat sont claires : 33 750 suppressions de postes dans la fonction publique pour 2010 après les 30 600 suppressions de 2009, augmentation du forfait hospitalier, baisse des dotations de l’Etat aux communes qui aura de graves répercutions sur les plus pauvres d’entre elles, mise en place de la taxe carbone, etc. A l’opposé, la suppression de la taxe professionnelle coutera 12 milliards à l’Etat en 2010 et les niches fiscales pour les plus riches près de 74 milliards !
 
Cette politique ne sert qu’un objectif, le soutien aux marchés boursiers. Profitant de la mise en circulation massive d’argent par les Etats à des taux très bas, la spéculation financière repart à plein régime. Aux Etats-Unis, les vingt-trois banques et fonds d'investissement de Wall Street engrangeront cette année 437 milliards de dollars et distribueront 140 milliards de dollars de bonus. En France, l’indice CAC40 vient de franchir un nouveau record à la hausse depuis début octobre 2008. Le pétrole, l’or atteignent eux aussi des niveaux records, tout comme le secteur automobile, où les licenciements et la prime à la casse de l’Etat attirent toutes les opérations de spéculations.
 
Et quand il s’agit de réclamer une toute petite partie de ce pactole, comme vient de le faire la commission des finances de l’Assemblée nationale par un amendement demandant de relever de 10 % l’imposition sur les bénéfices des banques, Lagarde s’emporte : « Il n'est pas question de prendre une mesure à caractère national qui plomberait le système bancaire français, qui s'est bien comporté pendant la crise » ! Les rodomontades de Sarkozy jouant au pourfendeur du système financier ont fait long feu…
 
Dans cette situation, la révolte se renforce face à la politique des classes dominantes et du gouvernement. Alors que les marchés boursiers exultent, le chômage continue de grimper avec 450 000 chômeurs en plus sur 2009 d’après les chiffres officiels. Mais au lieu de profiter de la situation politique et de l’affaiblissement de Sarkozy en donnant une perspective à cette révolte, les directions des grandes confédérations syndicales restent passives et donnent même du crédit aux faux-semblants de Sarkozy en continuant de pratiquer la politique du « dialogue social ».
 
 
Grand emprunt, « Etats généraux de l’industrie »… les directions syndicales se prêtent au jeu de dupes du dialogue social
 
Le 12 octobre, l’intersyndicale s’est réunie à nouveau sans décider de la moindre initiative et sans mettre en avant la moindre revendication concrète face à la crise. Les directions des grandes confédérations tiennent à rester dans le cadre du dialogue social avec le gouvernement, se refusant à formuler les exigences du monde du travail en termes d’affrontement avec le pouvoir. Aussi, elles s’appuient sur le communiqué commun du 28 septembre qui parle de « la prise en compte de l’intérêt des salariés dans le choix des entreprises et des pouvoirs publics, (…) le conditionnement des aides publiques à un comportement socialement responsable des entreprises »… Même pas la dénonciation de la politique de cadeaux au patronat menée par le gouvernement.
 
Il faut dire que certaines d’entre elles, la CFDT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, participent déjà aux réunions avec le gouvernement sur le « Grand emprunt » dont l’objectif déclaré est de distribuer de l’argent public au patronat qui en profite même pour financer des plans de restructuration aujourd’hui.
 
La CGT a refusé d’y participer en disant son désaccord avec l’emprunt Sarkozy, mais elle compte aller aux « Etats généraux de l’industrie » en présentant la manifestation du 22 octobre comme un moyen de pression sur cette mascarade de consultation.
 
Pourtant, les objectifs du gouvernement sont clairs, là aussi. Estrosi, le même qui avait lancé les « pôles de compétitivité » en 2005, parle déjà de verser une « prime de relocalisation » pour les patrons, de mettre en place un « crédit d’impôt innovation » ou des prêts « verts » à des taux défiants toute concurrence. Le patronat compte lui aussi revendiquer encore plus auprès du gouvernement, à l’image du syndicat patronal de l’habillement qui déclare qu’une prime ne suffit pas, « il faut alléger considérablement les charges sociales pour que la production en France redevienne compétitive ».
 
Bref, le gouvernement compte distribuer encore plus de primes et cadeaux fiscaux au nom de la lutte pour l’emploi… pendant qu’il supprime en masse des emplois dans la fonction publique au nom du déficit qu’il creuse par cette même politique.
 
« La première mesure concrète évoquée s’inscrit dans la vielle logique des cadeaux au patronat » déclare à juste titre la CGT. Mais dans ces conditions si prévisibles, pourquoi y participer et donner du crédit au gouvernement ?
 
Cette politique suscite des réactions dans la CGT même, à l’image du syndicat Seva (St Gobain) qui vient d’écrire à la confédération : « S’en remettre à Sarkozy, au gouvernement et aux « repreneurs », on voit ce que ça donne chez Molex comme partout : 15 emplois « sauvés » sur 283 ! Et il y a des centaines de Molex dans notre pays… Alors, peut-on attendre quoi que ce soit de positif des « Etats généraux » de Sarkozy, le représentant direct des actionnaires qui exigent  licenciements et délocalisations pour préserver et accroître leurs dividendes et leurs profits ? ».
 
Le « dialogue social » ne sert que les intérêts du pouvoir qui craint que la contestation ne fasse tâche d’huile. Face à la politique des classes dominantes et de l’Etat qui les sert, l’urgence est à la lutte contre les licenciements, pour défendre les emplois, partager le travail, en prenant sur les profits.
 
 
Après le 22 octobre, renforcer la contestation
 
Pour la direction de la CGT, les 30 000 manifestants du 22 octobre sont « venus pour poser les jalons aux États Généraux de l’Industrie qui se déclineront dans les régions »... C’était le sens du discours de Thibault de début de manifestation qui a même été chahuté de coups de cornes de brumes, de pétards et même de « Thibault, démission » !
 
Car pour bien des équipes militantes, en particulier dans les entreprises touchées par les licenciements, cette journée a eu un tout autre contenu, celui de construire la convergence des luttes.
 
Des collectifs se sont ainsi formés comme celui de Valenciennes, en appelant à « Zéro licenciement, zéro suppression de poste, refusons de payer leur crise ! ». De même, dans la continuité du 17 septembre, des initiatives ont été prises comme celle du cortège commun de General Motors pour l’interdiction des licenciements qui regroupaient plusieurs entreprises en particulier de l’automobile. Les autocollants des « Conti », affirmant la solidarité avec les 6 ouvriers condamnés ainsi que l’interdiction des licenciements se retrouvaient dans toute la manifestation, comme d’autres réclamant : « public-privé Grève Générale ». Des slogans « tous ensemble, tous ensemble, grève générale » comme des pancartes reprenant l’interdiction des licenciements donnaient un contenu combatif à la manifestation.
 
Les ruptures s’approfondissent vis-à-vis des directions des grandes confédérations engluées dans la politique du gouvernement et les calculs liés à la représentativité. L’idée que la convergence des luttes doit se construire à la base, par des liens entre équipes militantes pour répondre aux besoins de la lutte fait son chemin.
 
La tâche de l’heure est de légitimer à tous les niveaux de notre intervention cette aspiration à construire la convergence des luttes, à vouloir faire payer la crise à ceux qui en sont responsables.
 
Laurent Delage